Un président, à quoi ça sert ?

« Aujourd’hui, j’mettrai ni ma chemise, ni ma cravate
J’irai pas jusqu’au travail, j’donnerai pas la patte. »
(Orelsan – Suicide social)

J’aurais aimé pouvoir commencer cette chronique ainsi :
« Papa c’est qui le monsieur pas rigolo à la télé ? demanda ma petite fille visiblement agacée par le spectacle qui lui était offert.
– C’est le président de la République ma chérie.
– Et il sert à quoi ?
(je reconnais bien là l’impertinence de son père)
– Euuuh… »

Et là j’aurais beugué. Incapable de lui répondre. Et ça aurait fait une super intro. Sauf que je n’ai pas de gosse. Alors autant dire que quand j’en aurai, ils n’auront pas intérêt à me faire chier. Même si je les oublie à la sortie de l’école : « Et toi t’étais où quand j’avais besoin de toi hein ?! »

Du coup, je vais tâcher de me démerder tout seul. C’est pathétique mais je suis obligé de m’auto-poser la question : « Un président, à quoi ça sert Mati ? ». On a pris l’habitude de le voir à la télé, caresser le cul des vaches au salon de l’agriculture, donner des leçons de morale aux chômeurs, faire du ski avec Brigitte, jouer à « qui à la plus grosse ? » avec Trump, mais concrètement, quel est le sens de cette fonction ?

Le réflexe quand on se pose ce genre de question (et qu’on est seul) : Google. Alors je tape dans la barre de recherche : « rôle du président de la République ». Le premier site qu’on me propose est « teteamodeler.com », un site pour enfants qui propose également des bricolages, des comptines, des coloriages… J’avais raison sur un point : normalement c’est les gosses qui se posent ce genre de questions. Je décide cependant de ne pas m’attarder sur ce site. J’ai encore un peu de fierté.

Après avoir été visiter des sites réservés aux adultes pour me changer les idées, je poursuis mes recherches. Google un peu de sérieux s’il te plaît. « Elysée.fr » ? Ah voilà ! C’est parfait ça ! Interrogeons la source elle-même. Dîtes-moi, que faîtes-vous monsieur le Président ? L’Elysée nous répond (un conseiller certainement, le président doit être très occupé) : « Le président a des pouvoirs propres : la nomination du premier ministre, le recours au référendum, le droit de dissoudre l’Assemblée Nationale, la mise en œuvre des pouvoirs exceptionnels de l’article 16 (comme si je connaissais le règlement intérieur par cœur), le droit de messages aux assemblées (traduction : le droit de pêcho le 06 de tous les députés), la nomination de trois des membres, et du Président, du Conseil constitutionnel et enfin, le droit de saisine du conseil constitutionnel. »

Bon… Soyons honnêtes, c’est extrêmement décevant. Ces pouvoirs sont d’un ennui ! Pour le coup, heureusement que je n’ai pas de petite fille, j’aurais été obligé de lui mentir : « il a le pouvoir de voler, de soigner les maladies ou au contraire, de rendre malade la maîtresse, de faire tomber amoureux de toi le petit Théo, d’imposer cinq récrés par jour ». Pour ma part, je m’attendais a minima à « le président a le pouvoir de vie ou de mort sur l’ensemble des citoyens. Et si t’es en dêche il peux te dépanner 100 balles. ». Mais non. Du coup, je ne comprends pas l’engouement pour cette fonction. Pourquoi est-ce que des mecs se battent pour y accéder ? Et surtout, pourquoi est-ce que certains les soutiennent corps et âme pour les y aider et vont s’amasser dans des Zénith pour agiter des drapeaux français ?

Enfin, vous me direz, moi ça me tente bien comme job. Tu te fais élire, le lendemain tu nommes ton sbire de premier ministre (idéalement pas trop con, mais pas trop intelligent non plus, sinon il va comprendre que c’est toi qui a le bon rôle) et après, pendant 5 ans, tu peux te la couler douce. Car le reste des pouvoirs du président ne sont que des pouvoirs potentiellement activables. Et donc potentiellement inactivables.

A la rigueur, pour l’ego, je reconnais que cela doit être jouissif de se balader à l’Assemblée Nationale et de les voir tous se courber sous le poids de la menace de dissolution. De façon un peu sadique, je me permettrais même de répandre des fausses rumeurs « Tiens je me fais chier, je me demande si je ne vais pas dissoudre aujourd’hui ». Et là, j’observerais combien plongent à quatre pattes, prêts à faire offrande de leurs deux orifices ? (trois pour les femmes, qui sont toujours avantagées).

En parcourant un troisième site, « Vie-publique.fr », ma désillusion s’accentue. On y apprend que le Président bénéficie (pâtit ?) de l’irresponsabilité politique. C’est à dire qu’il ne peut être tenu responsable de la politique de la nation. C’est le gouvernement qui endosse cette responsabilité.

Désormais, je comprends mieux pourquoi les derniers présidents que j’ai connu (Sarkozy, Hollande et Macron) me semblaient dénués d’un quelconque intérêt. Le poste de Président n’a aucun pouvoir. Son seul intérêt serait de faire rêver, de proposer un projet de société afin de provoquer un engouement chez ceux qui ont réellement la capacité d’agir : nous ! Mais franchement, quelle est la dernière idée novatrice ces vingt dernières années (et certainement au-delà) proposée par un Président qui vous a fait vibrer ? Tout est terne, triste, se limite à des idées de petit gestionnaire ayant pour objectif de ne surtout pas faire de vagues. L’absurdité est même poussée à son paroxysme quand les rôles sont inversés avec ce Grand Débat National : c’est le peuple qui est censé fournir les idées. Quel aveu d’échec !

 

Mati.

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Le travail c’est trop génial !

« Le cheval c’est trop génial »
(Fédération Française d’Equitation)

 

C’est un thème qui revenait souvent au fil de mes écrits, mais jamais je ne lui avais fait l’honneur d’être à la une : le TRAVAIL ! (« Youpi ! On attendait que ça ! »)

Pourtant, le travail mérite qu’on s’y attarde et qu’on y réfléchisse tellement il occupe une part importante de nos vies (part encore insuffisante pour certains). D’ailleurs, on notera que la première question que nous posons à une personne que l’on rencontre est : « Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? », sous-entendu : « Quel est ton travail ? ». Cela est beaucoup trop réducteur comme première approche ! Le risque de se faire une fausse image de la personne est trop important : par exemple, si quelqu’un me répond : « Je fais du web marketing dans une start-up d’objets connectés. », je vais instinctivement le classifier dans mon esprit en tant que « gros con », et je ne vais pas chercher à creuser. Peut-être à tort.

Je milite donc, pour que désormais, nous élargissions la question à : « Qu’est-ce que tu aimes dans la vie ? ». Et là, peut-être que, pour reprendre mon exemple précédent, la personne va choisir de me parler musique, cinéma, littérature, sport, etc… et une conversation pourra s’engager. Bon, après, il est également possible qu’elle me réponde : « Ce que j’aime dans la vie ? Le web marketing. D’ailleurs je travaille dans une start-up qui fabrique des objets connectés… » et là, je pourrai sans remord, le classifier dans la catégorie « gros con ».

Ceci étant dit, j’ai choisi de m’attarder aujourd’hui sur le travail car ma vision à ce sujet a récemment évolué. J’avais un point de vue très pessimiste de la chose, qui pouvait se résumer ainsi : « Le travail c’est de la merde. » Bon, j’essayais d’y penser le moins possible, notamment le matin en me rasant, avant de partir au boulot, car un accident, du style tranchage de carotide, est vite arrivé… (Je plaisante évidemment : je ne me rase pas le matin.)

Mais tout ça, c’est fini ! J’ai de nouveau foi en l’avenir ! Le travail c’est trop génial !

Si j’ai pu changer d’avis, c’est parce que ma vision était tronquée et subjective. Par exemple, pour tous ceux qui sont passionnés d’étymologie (population que l’on peut estimer, selon la police et les manifestants, à 1 : mon père), l’idée selon laquelle le mot « travail » serait issue du latin « tripalium », qui désigne un instrument de torture, est fausse. En réalité, l’origine renverrait plutôt à une idée de mouvement (d’où la consonance avec l’anglais « travel », voyager), de passage (d’où la consonance entre « trabajo », le travail en espagnol, et les « traboules » qui désignent un passage à travers des pâtés de maisons), nécessitant un effort (d’où le travail qui désigne la phase d’accouchement depuis le Moyen-Âge). Le travail exprimerait donc plutôt l’idée de passage d’un état à un autre, d’atteinte d’un but, en produisant un effort ou en franchissant un obstacle. Sans pour autant que cela soit intrinsèquement un supplice.

Hormis pour essayer d’impressionner mon paternel, je ne m’attarde pas là-dessus par hasard. Cette idée reçue n’est pas anodine, elle n’est pas innocente. L’idéologie derrière est vicieuse : nous laisser penser que la souffrance au travail est naturelle, qu’elle en est l’essence-même. Et moi, naïvement, j’y ai cru ! En même temps, il faut bien reconnaître que l’expérience du travail est plutôt conforme au sombre tableau que l’on dépeint. Les causes de souffrance sont multiples : manque de moyens, sentiment d’inutilité, hiérarchie qui se prend pour votre chef, réveil qui sonne alors qu’on dort, horaires totalement inadaptés à notre rythme biologique (par exemple, moi, la journée j’aime bien me reposer. Sinon après je suis trop excité et je ne dors pas la nuit.), tâches contraignantes (par exemple, si notre travail c’est de faire ci, alors que nous on aime faire ça, et bien il faut quand même faire ci).

Mais une autre voie est possible !

Cette voie est développée par Bernard Friot, économiste et sociologue de renom (pour ceux qui connaissent son nom), dont j’ai eu la chance d’assister à une des conférences. Pour faire simple[1] : l’idée est de reprendre le contrôle sur le contenu de notre travail dont les contours sont aujourd’hui dictés par les capitalistes. Pour faire vulgaire : les patrons c’est des enculés donc, en toute logique, ils nous enculent.

En définissant de façon libre et autonome le contenu de son travail, on s’offre l’opportunité d’aller là où on se sent utile socialement, d’aller vers ce que l’on a envie de faire, vers ce que l’on aime faire (et, a priori, personne ne va se diriger seul vers du web-marketing). Pour pouvoir s’épanouir pleinement, sans avoir l’angoisse du frigo vide, le système serait soutenu par une rémunération à la qualification, qui oscillerait entre 1.500 et 6.000 €, et qui serait garantie à vie.

D’ailleurs, ils sont déjà de plus en plus nombreux à se lancer à l’aveugle dans l’aventure. Ce sont généralement des employés de bureau, conscients de la superficialité de leur contribution à la société, qui refusent de continuer à exécuter des tâches inutiles et vides de sens (les fameux bullshit jobs) et choisissent de s’émanciper. Malheureusement, pour le moment, tout est fait pour que la tâche soit complexe et les barrières nombreuses. Du coup, il faut nécessairement se marginaliser et, dans mon esprit, le projet se limite à des hippies qui marchent pieds nus et qui jouent du ukulélé autour d’un feu de camp. Non merci, j’aime trop ma musique pour écouter du ukulélé.

N’empêche que je suis ressorti de cette conférence plein d’enthousiasme (ce qui se caractérise en général chez moi par un léger plissement de de la fossette gauche. Que les plus optimistes pourraient qualifier de « sourire ») et d’envie de propager la bonne parole. Même si cela peut sembler utopique, même si cela ne sera sûrement pas pour aujourd’hui, ni pour demain, il est évident que le système actuel ne peut pas perdurer indéfiniment. Il engendre trop de souffrance et d’inégalités. Et rien que de savoir que des gens réfléchissent à un autre système, que des gens se lancent, essaient ou simplement soutiennent : cela fait un bien fou.

Mais très vite l’enthousiasme est redescendu (un peu comme quand tu rêves que tu fais l’amour avec Rihanna et que finalement non, tu ouvres les yeux et c’est juste ta femme. Qui s’est endormie depuis 10 minutes). Je me suis confronté à toutes les résistances et réticences possibles : « C’est bien beau tout ça mais comment on finance ? » « Mais j’aime bien mon travail moi » « Et qui va choisir de ramasser les poubelles ? » « Tout le monde va en profiter pour rien foutre. Les gens sont cons tu sais. »

Sur ce dernier point je suis d’accord. Rien ne changera jamais. Les gens sont trop cons.

 

Mati.

[1] Ce qui en réalité n’est pas le cas, donc pour ceux que cela intéresse et qui voudraient approfondir le sujet, je vous invite à jeter un coup d’œil par ici :  http://www.reseau-salariat.info/?lang=fr