On peut débattre de tout, mais pas avec tout le monde

« Il vaut mieux rire d’Auschwitz avec un Juif que de jouer au Scrabble avec Klaus Barbie. »
(Pierre Desproges)

Cela n’aura sûrement échappé à personne, nous sommes en plein « Grand débat national ». Derrière ce terme pompeux, se cachent de « Ridicules petits débats locaux » qui doivent permettre de faire remonter au gouvernement toutes les doléances et/ou propositions émanant du peuple. Les dirigeants veulent ainsi montrer qu’ils sont à l’écoute et faire taire la critique selon laquelle tous les pouvoirs seraient concentrés entre les mains d’un petit groupe de personnes peu soucieux de l’intérêt général (« Ouin-ouin la démocratie ce n’est pas ce qu’on m’a appris à l’école… Snif-snif, moi je croyais que c’était les citoyens qui avaient le pouvoir » « Et bien non ! On t’a menti ! Ça fait mal hein ? Et encore ce n’est rien. Tu aurais pu apprendre que tes parents ne t’ont jamais désiré. Mais je leur ai promis de ne rien dire. »)

Comment en est-on arrivé là ? Comment se fait-il que, soudainement, tout le monde se sente pousser des ailes et souhaite faire des propositions de lois ? Jusque-là, tout fonctionnait très bien. Les gens allaient voter puis se désintéressaient de la politique pendant cinq ans. Et voilà qu’aujourd’hui, les gens veulent parler. Bon, pourquoi pas. Mais en plus, ils veulent qu’on les écoute ! Quelle audace ! Car si la démocratie reconnaît la liberté de dire ce que l’on veut, c’est parce qu’en contrepartie, tout le monde s’en fout. Un pays où le gouvernement écoute et prête une grande attention à tout ce que disent les citoyens, cela s’appelle une dictature. Dans ce cas, il existe un risque de se faire emprisonner voire décapiter si on dit des conneries mais cela rajoute un peu de piquant dans une vie terne et monotone et au moins, on a la certitude que l’on a été entendu.

D’ailleurs, je pense que la violence actuelle des manifestants vient de là. Le peuple est un enfant qui teste les limites de ses parents. Au début, les gilets jaunes étaient plutôt sobres, un peu timides. Ils rougissaient très vite, presque honteux de s’exprimer. Ils osaient à peine évoquer leurs fins de mois difficiles. Puis petit à petit, ils se sont enhardis et ont commencé à s’exclamer « On a faim ! ». Sauf qu’aucune réaction ne vint en face. Alors ils se sont chauffés un peu plus avec des « Macron démission ! » voire des « Macron enculé ! » pour les plus téméraires. Ils le criaient puis détalaient rapidement, s’attendant à une sévère remontrance. Mais toujours rien. Du coup, ils se sont mis à tout casser, cherchant désespérément à attirer l’attention. Et là au moins la réaction se fit sentir : tirs de flashball, grenades de désencerclement, lacrymos, etc… Le gouvernement a agi comme le daron qui, face à un caprice de son gosse, ne dit rien, ne dit toujours rien, et d’un coup, sans prévenir… BAM ! Grande gifle dans la gueule ! En s’exclamant « Tu ne l’avais pas vu venir celle-là ! ».

Mais revenons à notre grand débat. Est-ce véritablement une bonne idée de laisser la parole au peuple ? A-t-on vraiment envie que tout le monde donne son avis sur l’organisation du pays ? Instinctivement je suis pour. Pour la libre administration du peuple. Pour l’intelligence collective. Pour l’intérêt général.

Et puis, je réfléchis un peu. Je pense à des gens, sans aller bien loin, dans mon entourage. Et très vite, je me dis : « ah bah non, lui j’espère qu’on ne va pas prendre en considération son avis » ; « ah et puis lui non plus » ; « et lui encore moins »… (Pour les personnes qui se sentent visées : oui c’est bien à vous que je pense. Pour les personnes qui ne se sentent pas visées : c’était pourtant à vous que je pensais.) Et au final, en prenant du recul, j’arrive assez vite à la conclusion que je préférerais que les gens gardent leurs idées pour eux.

Car le problème est bien là. Ce qui me fait peur, ce n’est pas les gens n’aient pas d’idée, oh que non ! Ce qui me fait peur c’est que les gens en aient. C’est par exemple le cas des messagers de la parole divine qui prônent leur projet de société depuis des millénaires (d’où l’expression « il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis »). Ou alors de tous ceux qui se nourrissent du travail des autres et qui, ayant un appétit insatiable, s’exclament « le problème c’est qu’on ne travaille pas assez ! » (ils sont facilement reconnaissables puisqu’ils sont toujours suivi par une horde de sadomasos gémissant « oh oui ! Exploitez nous encore… »). Ne négligeons pas également les nostalgiques de De Gaulle qui témoignent graveleusement « A notre époque ça filait droit. Ce qu’il faudrait c’est une bonne guerre ». En omettant qu’il existe des gens comme moi qui pleurent à chaudes larmes devant le Roi Lion et s’évanouissent s’ils ont le malheur de s’entailler le doigt en épluchant un oignon.

Bon, ce qui est rassurant, et le gouvernement l’a certainement bien en tête, c’est que la probabilité que tout le monde parvienne à se mettre d’accord, ne serait-ce que sur un sujet, est faible. Pour ceux qui ont connu l’expérience de la vie  de famille nombreuse, vous savez qu’il est impossible de s’entendre sur des choses aussi banales que le menu du dîner. Et encore, quand je dis « famille nombreuse », je parle pour mon cas d’une famille de 5 personnes. Je n’ose pas imaginer les débats pré-repas des familles pauvres pour qui la reproduction demeure l’activité principale. Cela doit être un sacré casse-tête de savoir comment on dépense les allocs versées grâce au travail des bons français ! (Un petit cliché ordurier de temps en temps ça fait du bien. Comme toutes les bonnes choses, attention à ne pas en abuser.)

Dans tous les cas, ce débat ne pourra pas aboutir pleinement à un résultat satisfaisant (et pas uniquement parce qu’il est animé par Cyril Hanouna). En décentralisant les discussions, le gouvernement feint de donner le pouvoir aux citoyens alors qu’il ne fait que les pousser dans leur retranchement égoïste. Chacun va naturellement vouloir défendre ses intérêts propres (et les questions orientées du style « en sachant que les fonctionnaires sont payés avec vos impôts et que vous trouvez que les impôts sont trop élevés, pensez-vous qu’il y a trop de fonctionnaires ? » aident bien.)

Pour avoir un vrai débat, il faudrait accepter de tout remettre à plat.
Sortez vos feuilles blanches.

Mati.

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La virulence de l’indignation est inversement proportionnelle à la véracité des convictions

« Le motif de base de la Résistance était l’indignation. Nous, vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France Libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l’héritage de la Résistance. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! »
(Stéphane Hessel – Indignez-vous)

 

Pour cette année 2019, j’ai pris une bonne résolution : arrêter de geindre et de m’apitoyer sur mon sort. C’est vrai, il faut que je me fasse à l’idée que toutes les chances sont de mon côté. Je suis l’opposant classique au CV anonyme : un homme, jeune, blanc et hétéro.

Du coup, je vais commencer cette chronique par un peu d’auto-satisfaction : je suis fier de mon titre. Il intrigue, emploie de jolis mots  tels que « virulence » ou « véracité » et s’avère, après un temps plus ou moins long de réflexion, être une punchline. Pour autant, je suis bien conscient que ce n’est certainement pas le titre le plus attractif que j’aie pu trouver. Et je me rends même compte, après relecture, que le message subliminal n’est pas forcément clair… Bref, ce titre est raté quoi ! Je ne suis vraiment qu’une merde. (Olala ! C’est incroyable ! C’est un nouveau record du monde de la bonne résolution tenue la moins longtemps ! Quelle performance !)

Pour être sûr que toi, lecteur adoré, et moi, nous partions sur de bonnes bases, je vais tâcher de traduire l’idée que je souhaitais faire passer à travers ce titre, dans des termes à ta portée. Je sais, l’exercice est pathétique, un peu comme quand tu es obligé d’expliquer une blague qui vient de faire un bide, mais c’est de ma faute, j’ai probablement été trop intelligent, trop subtil (toute ressemblance avec les propos de Gilles Le Gendre, chef de file des députés La République En Marche, est purement fortuite).

Donc allons-y ! Aujourd’hui je me propose de valider la théorie suivante : lorsqu’une personne se sent heurtée dans ses convictions, plus sa réaction est puissante, virulente, voire violente plus, en réalité, ses convictions sont faibles, voire factices. Pour dire les choses encore plus simplement : plus une personne gueule, mieux elle ferait de fermer sa gueule.

Pour parvenir à cette démonstration scientifique je vais me baser sur des exemples concrets que nous offre l’actualité. Nous allons voir que nous pouvons même dégager une échelle de réactions indignées pouvant servir par la suite de modèle (si des sociologues passent par-là, je vous en prie, c’est cadeau).

1er échelon : L’individu a choisi une cause et c’est LE combat de sa vie : végétarisme, féminisme, racisme (pour ou contre), pizzas à l’ananas (pour ou contre), chocolatine vs pain au chocolat, pignon de 12 vs pignon de 8… Il le brandit en permanence, tel un chevalier avec son étendard, et est toujours prêt à s’indigner. Si vous tombez face à une personne comme cela, ne paniquez pas. 2 attitudes sont possibles : soit vous prenez un air grave et vous acquiescez à toutes ses tirades en espérant que cela raccourcisse l’échange au maximum (attention certaines personnes sont des professionnels, elles peuvent tenir des heures à parler toutes seules), soit vous êtes joueurs, et vous tentez de lui apporter des contre-arguments (« Mouais, personnellement depuis que j’ai installé un pignon de 8, je trouve mon moteur beaucoup plus explosif, j’ai gagné en accélération ». Oui car c’est d’autant plus drôle quand c’est un sujet que vous ne connaissez absolument pas.)

2ème échelon : A ce stade, cela devient plus vicieux. Comme dans le premier échelon, l’individu cherche à convaincre autrui mais, dans le fond, il se fout royalement de savoir si son combat est juste ou non. Son objectif est de rameuter le plus de gens possible autour de lui pour, ensuite, faire un concours de celui qui a la plus grosse (foule autour de lui). L’exemple le plus évident qui caractérise cet échelon, ce sont les politiques. Vous pouvez facilement détecter en ce moment l’élite de l’indignation factice avec toutes les réactions autour du mouvement des gilets jaunes. Ils font tous des grandes déclarations pompeuses, faisant appel à des symboliques démesurées : « les casseurs injurient notre démocratie », « on attaque la République », « terrorisme civil »… Tout cela pour éviter la véritable question, très terre à terre, et magnifiquement appréhendée par le penseur SCH (que les mauvaises langues qualifieront de « rappeur ») qui nous dit « Se lever pour mille-deux (cent) c’est insultant. »

3ème échelon : Là on touche au graal. Et ce dernier échelon peut s’appréhender comme un mix des deux premiers : comme pour le premier échelon, l’individu est persuadé que son combat est juste et comme pour le deuxième, il veut avoir la plus grosse (foule autour de lui). Sauf qu’il va opter pour un tactique différente : au lieu d’essayer de rameuter du monde autour de sa cause, il va décimer la foule présente autour de la cause adverse. C’est par exemple le cas des terroristes islamiques dont nous avons commémoré une de leur plus grande réussite le 7 janvier, avec l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo.

Chacun sa stratégie, nous ne sommes pas là pour juger. D’ailleurs, personnellement, j’ai plutôt tendance à comprendre cette stratégie offensive. Lorsqu’un islamiste se sent attaqué dans ses convictions après qu’on ait osé caricaturer le prophète Mahomet, il dispose d’assez peu de moyens tangibles pour dire « Non mais regarde c’est n’importe quoi ce dessin, son nez ne ressemble pas du tout à ça en vrai. Là il est tout crochu, on dirait un juif ! ».  Il faut bien reconnaître qu’il est toujours difficile d’apporter la preuve de quelque chose qui n’existe pas. Donc respect aux religieux qui restent pour autant déterminés !

Au final, tous ces gens persuadés de détenir la vérité et qui cherchent à le démontrer à grands coups de réactions toujours plus disproportionnées, me révoltent ! (Échelon 1 atteint) Ils insultent l’intelligence humaine et la capacité du peuple à s’auto-déterminer !  (Échelon 2 atteint) Une grande révolution s’impose, tuons-les tous ! (Échelon 3 atteint)

 

Mati.

Je serais prêt à mourir pour mes idées. Encore faudrait-il que j’en aie.

« J’essaie d’être un homme bien mais je suis plutôt moyen »
(Orelsan – San)

Je serais prêt à mourir pour mes idées.
Encore faudrait-il que j’en aie.

Je m’insurge contre l’industrie de la viande qui massacre sans scrupule des milliers d’animaux.
Je mange toutes les semaines à Mac Do.

Je ne comprends pas que l’on puisse mettre des fortunes dans un téléphone fabriqué par des esclaves, juste parce que c’est un IPhone.
J’achète des tee-shirts blancs, fabriqués par des enfants au Bengladesh, plus de 30€, juste parce qu’il y a le logo Nike dessus.

Je m’oppose à la politique de Macron, qui consiste à taper dans la poche des pauvres pour garnir davantage celles des riches.
Je ne soutiens pas ces pauvres gilets jaunes qui se réveillent uniquement lorsque l’on vient taper dans leur poche.

Je m’exaspère des inégalités croissantes dûes à un évident manque de solidarité.
Je n’ai jamais donné ni de mon temps, ni de mon argent à une association.

Je me désole de la mollesse des gens qui se laissent exploiter sans bouger une oreille.
J’ai autant d’ambition qu’un chat : Manger, dormir, me faire caresser.

Je prône pour plus de diversité.
J’ai UN ami noir.

Le déterminisme social me révolte.
Mes amis sont ingénieurs, docteurs, professeurs, éducateurs.

Je me moque des narcissiques accros aux selfies.
Je me réjouis d’avoir 500 abonnés sur Instagram.

Je vante les mérites de la culture.
Je n’ai pas loupé un épisode de la télé-réalité « 10 couples parfaits ».

Je vais chaque année à la fête de l’Huma, festival qui invite à la réflexion : « Trois jours pour refaire le monde ».
Je n’ai jamais participé à aucun débat et je me rue au stand Ricard.

La consommation à outrance malmène notre vision du bonheur.
J’ai un smartphone, plusieurs consoles de jeu, des habits que je n’ai jamais mis et suffisamment de paires de baskets pour en changer tous les jours pendant un mois.

Nous ne nous définissons pas par nos paroles mais par nos actes.
Je suis immobile.

Mati.

Le 17 novembre, tous derrière Bernard, automobiliste en colère !

« Quand on pense qu’il suffirait que les gens n’achètent plus pour que ça ne se vende pas »
(Coluche)

Derrière les grands évènements historiques se cachent de grands hommes (derrière lesquels se cachaient souvent de petites femmes, courbées sur leur manche à balai. Je dis « cachaient » car désormais, au nom de l’égalité des sexes, les petites femmes se tiennent au côté des grands hommes. Et derrière, le sol est dégueulasse.).

Le dernier exemple de grand homme français est le général De Gaulle (selon mon Papi, à la fin des repas de famille). Mais il semblerait que la relève pointe le bout de son nez. Bien entendu, il est encore trop tôt pour se prononcer, mais je suis prêt à parier que le nom de Bernard, automobiliste en colère, créateur de l’évènement Facebook « LE 17 NOVEMBRE BLOQUONS TOUT », restera dans l’histoire.

Que nous-dit Bernard, automobiliste en colère ? « Samedi 17 novembre, pays mort : c’est-à-dire ne faire aucun achat, n’aller dans aucune banque, ne pas se servir aux pompes à essence, ne pas dépenser un seul centime. Ne pas prendre de transport en commun, pas de péage, parking, autoroute, là, oui, on bloque ce qui emmerde le plus le gouvernement, c’est-à-dire le fric. »

En lisant ça, j’ai des frissons. Je saisis l’émotion qu’avait pu ressentir les français, accablés sous l’occupation allemande, lors de l’appel du Général De Gaulle le 18 juin 1940 : « Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas. » Cette fois, je sens que la fin de l’occupation capitaliste est proche. Les gens ont enfin compris que les banques, les compagnies pétrolières, la grande distribution n’étaient pas nos alliés et qu’il fallait les repousser hors de nos frontières ! Ainsi, cela provoquera un grand exode des banquiers qui seront obligés d’émigrer ailleurs. Les autres pays s’indigneront : « Nous ne pouvons pas accueillir tous les banquiers du monde ! », la haine anti-banquier explosera, les gens voteront extrême gauche et ce sera la fin du capitalisme dans le monde entier !

Quel génie ce Bernard ! Allez, soyons tous derrière notre leader : « Bernard, automobiliste en colère, président ! Bernard, automobiliste en colère, président ! » (Il faudra peut-être qu’il revoit son blaze parce que ce n’est pas évident à scander comme slogan. Essayez chez vous, vous verrez.)

Je m’imagine déjà, quand mon tour sera venu d’être Papi, raconter à mes petits-enfants, à la fin des repas de famille, qu’à notre époque il fallait travailler dur pour manger, se loger, se vêtir… et qu’en plus, il fallait se battre pour travailler, que c’était une chance (!) dont tout le monde ne bénéficiait pas. Je leur dirai que ce travail ne bénéficiait, au final, qu’à un petit nombre de personnes qui accumulaient les richesses pendant que d’autres n’avaient rien. Mais je pourrai surtout leur expliquer que tout cela est fini grâce à Bernard, automobiliste en colère, dont je vanterai encore et encore le courage et l’abnégation. Et là, mes petits-enfants me répondront « Mais ouii, on sait Papi Mati, la maitresse nous en a parlé à l’école ! » (et surtout ça fait 50 fois que tu nous le racontes. Mais ça, ils ne le diront pas car j’aurai des petits-enfants bienveillants. Ooooh je les aime déjà ! Enfin certains plus que d’autres. Ne me demandez pas pourquoi, c’est physique. Genre le petit dernier je ne peux pas le voir.)

Malheureusement, je crois que je m’emballe un peu et que tout ça est irréel. Au risque d’endosser le rôle de collabo, j’ai bien peur que Bernard, automobiliste en colère, se trompe d’ennemi. Si on lit son discours jusqu’au bout, on remarque qu’en réalité il ne souhaite pas s’attaquer aux industries capitalistes mais plutôt « emmerder le gouvernement » (je m’excuse pour cette grossièreté mais ce sont ses termes. Après il faut bien admettre que ce franc-parler fait aussi le charme de Bernard, automobiliste en colère.) Il ne s’insurge pas contre un système politique global mais contre la hausse des taxes sur le carburant. Il veut continuer à consommer sans se poser de questions.

Attention, loin de moi l’idée de défendre le gouvernement. L’État n’est évidemment pas exempt de tout reproche. Il a longuement encouragé un système, en allégeant les taxes sur le diesel, dont il doit désormais colmater les brèches, en faisant face à une multiplication des cancers liés à la pollution de l’air. C’est le serpent qui se mord la queue (est-ce que se mordre la queue peut être considéré comme de la masturbation ?). Et puis il fait mine de prendre conscience du drame écologique sans proposer aucune alternative viable (style trottinettes ou balais volants).

Mais là où mon rêve s’effondre et vire au cauchemar, c’est que ceux qui vont être bénéficiaires de ce blocage et de cette grogne, ce sont justement les grandes entreprises. Leclerc a déjà annoncé que jusqu’à fin novembre, il vendrait le carburant à prix coûtant, sans faire de marge… Il faut bien admettre qu’un tel opportunisme force l’admiration.

Bilan de l’histoire : le gouvernement passe pour le méchant, les entreprises passent pour les gentils, les gens vont voir leur pouvoir d’achat diminuer et la prise de conscience écologique n’a pas avancé… Donc le 17 novembre je serai effectivement derrière Bernard, automobiliste en colère… parce qu’il me bloquera la route.

 

Mati.

« Mais attends, il existe vraiment ce Bernard ?
Je ne sais pas moi, demande-lui !
C’est qui « lui » ?
– Bah Mati…
– Mais c’est moi Mati !
– Ah ok très bien, donc je me parle tout seul en fait. »