Un président, à quoi ça sert ?

« Aujourd’hui, j’mettrai ni ma chemise, ni ma cravate
J’irai pas jusqu’au travail, j’donnerai pas la patte. »
(Orelsan – Suicide social)

J’aurais aimé pouvoir commencer cette chronique ainsi :
« Papa c’est qui le monsieur pas rigolo à la télé ? demanda ma petite fille visiblement agacée par le spectacle qui lui était offert.
– C’est le président de la République ma chérie.
– Et il sert à quoi ?
(je reconnais bien là l’impertinence de son père)
– Euuuh… »

Et là j’aurais beugué. Incapable de lui répondre. Et ça aurait fait une super intro. Sauf que je n’ai pas de gosse. Alors autant dire que quand j’en aurai, ils n’auront pas intérêt à me faire chier. Même si je les oublie à la sortie de l’école : « Et toi t’étais où quand j’avais besoin de toi hein ?! »

Du coup, je vais tâcher de me démerder tout seul. C’est pathétique mais je suis obligé de m’auto-poser la question : « Un président, à quoi ça sert Mati ? ». On a pris l’habitude de le voir à la télé, caresser le cul des vaches au salon de l’agriculture, donner des leçons de morale aux chômeurs, faire du ski avec Brigitte, jouer à « qui à la plus grosse ? » avec Trump, mais concrètement, quel est le sens de cette fonction ?

Le réflexe quand on se pose ce genre de question (et qu’on est seul) : Google. Alors je tape dans la barre de recherche : « rôle du président de la République ». Le premier site qu’on me propose est « teteamodeler.com », un site pour enfants qui propose également des bricolages, des comptines, des coloriages… J’avais raison sur un point : normalement c’est les gosses qui se posent ce genre de questions. Je décide cependant de ne pas m’attarder sur ce site. J’ai encore un peu de fierté.

Après avoir été visiter des sites réservés aux adultes pour me changer les idées, je poursuis mes recherches. Google un peu de sérieux s’il te plaît. « Elysée.fr » ? Ah voilà ! C’est parfait ça ! Interrogeons la source elle-même. Dîtes-moi, que faîtes-vous monsieur le Président ? L’Elysée nous répond (un conseiller certainement, le président doit être très occupé) : « Le président a des pouvoirs propres : la nomination du premier ministre, le recours au référendum, le droit de dissoudre l’Assemblée Nationale, la mise en œuvre des pouvoirs exceptionnels de l’article 16 (comme si je connaissais le règlement intérieur par cœur), le droit de messages aux assemblées (traduction : le droit de pêcho le 06 de tous les députés), la nomination de trois des membres, et du Président, du Conseil constitutionnel et enfin, le droit de saisine du conseil constitutionnel. »

Bon… Soyons honnêtes, c’est extrêmement décevant. Ces pouvoirs sont d’un ennui ! Pour le coup, heureusement que je n’ai pas de petite fille, j’aurais été obligé de lui mentir : « il a le pouvoir de voler, de soigner les maladies ou au contraire, de rendre malade la maîtresse, de faire tomber amoureux de toi le petit Théo, d’imposer cinq récrés par jour ». Pour ma part, je m’attendais a minima à « le président a le pouvoir de vie ou de mort sur l’ensemble des citoyens. Et si t’es en dêche il peux te dépanner 100 balles. ». Mais non. Du coup, je ne comprends pas l’engouement pour cette fonction. Pourquoi est-ce que des mecs se battent pour y accéder ? Et surtout, pourquoi est-ce que certains les soutiennent corps et âme pour les y aider et vont s’amasser dans des Zénith pour agiter des drapeaux français ?

Enfin, vous me direz, moi ça me tente bien comme job. Tu te fais élire, le lendemain tu nommes ton sbire de premier ministre (idéalement pas trop con, mais pas trop intelligent non plus, sinon il va comprendre que c’est toi qui a le bon rôle) et après, pendant 5 ans, tu peux te la couler douce. Car le reste des pouvoirs du président ne sont que des pouvoirs potentiellement activables. Et donc potentiellement inactivables.

A la rigueur, pour l’ego, je reconnais que cela doit être jouissif de se balader à l’Assemblée Nationale et de les voir tous se courber sous le poids de la menace de dissolution. De façon un peu sadique, je me permettrais même de répandre des fausses rumeurs « Tiens je me fais chier, je me demande si je ne vais pas dissoudre aujourd’hui ». Et là, j’observerais combien plongent à quatre pattes, prêts à faire offrande de leurs deux orifices ? (trois pour les femmes, qui sont toujours avantagées).

En parcourant un troisième site, « Vie-publique.fr », ma désillusion s’accentue. On y apprend que le Président bénéficie (pâtit ?) de l’irresponsabilité politique. C’est à dire qu’il ne peut être tenu responsable de la politique de la nation. C’est le gouvernement qui endosse cette responsabilité.

Désormais, je comprends mieux pourquoi les derniers présidents que j’ai connu (Sarkozy, Hollande et Macron) me semblaient dénués d’un quelconque intérêt. Le poste de Président n’a aucun pouvoir. Son seul intérêt serait de faire rêver, de proposer un projet de société afin de provoquer un engouement chez ceux qui ont réellement la capacité d’agir : nous ! Mais franchement, quelle est la dernière idée novatrice ces vingt dernières années (et certainement au-delà) proposée par un Président qui vous a fait vibrer ? Tout est terne, triste, se limite à des idées de petit gestionnaire ayant pour objectif de ne surtout pas faire de vagues. L’absurdité est même poussée à son paroxysme quand les rôles sont inversés avec ce Grand Débat National : c’est le peuple qui est censé fournir les idées. Quel aveu d’échec !

 

Mati.

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On peut débattre de tout, mais pas avec tout le monde

« Il vaut mieux rire d’Auschwitz avec un Juif que de jouer au Scrabble avec Klaus Barbie. »
(Pierre Desproges)

Cela n’aura sûrement échappé à personne, nous sommes en plein « Grand débat national ». Derrière ce terme pompeux, se cachent de « Ridicules petits débats locaux » qui doivent permettre de faire remonter au gouvernement toutes les doléances et/ou propositions émanant du peuple. Les dirigeants veulent ainsi montrer qu’ils sont à l’écoute et faire taire la critique selon laquelle tous les pouvoirs seraient concentrés entre les mains d’un petit groupe de personnes peu soucieux de l’intérêt général (« Ouin-ouin la démocratie ce n’est pas ce qu’on m’a appris à l’école… Snif-snif, moi je croyais que c’était les citoyens qui avaient le pouvoir » « Et bien non ! On t’a menti ! Ça fait mal hein ? Et encore ce n’est rien. Tu aurais pu apprendre que tes parents ne t’ont jamais désiré. Mais je leur ai promis de ne rien dire. »)

Comment en est-on arrivé là ? Comment se fait-il que, soudainement, tout le monde se sente pousser des ailes et souhaite faire des propositions de lois ? Jusque-là, tout fonctionnait très bien. Les gens allaient voter puis se désintéressaient de la politique pendant cinq ans. Et voilà qu’aujourd’hui, les gens veulent parler. Bon, pourquoi pas. Mais en plus, ils veulent qu’on les écoute ! Quelle audace ! Car si la démocratie reconnaît la liberté de dire ce que l’on veut, c’est parce qu’en contrepartie, tout le monde s’en fout. Un pays où le gouvernement écoute et prête une grande attention à tout ce que disent les citoyens, cela s’appelle une dictature. Dans ce cas, il existe un risque de se faire emprisonner voire décapiter si on dit des conneries mais cela rajoute un peu de piquant dans une vie terne et monotone et au moins, on a la certitude que l’on a été entendu.

D’ailleurs, je pense que la violence actuelle des manifestants vient de là. Le peuple est un enfant qui teste les limites de ses parents. Au début, les gilets jaunes étaient plutôt sobres, un peu timides. Ils rougissaient très vite, presque honteux de s’exprimer. Ils osaient à peine évoquer leurs fins de mois difficiles. Puis petit à petit, ils se sont enhardis et ont commencé à s’exclamer « On a faim ! ». Sauf qu’aucune réaction ne vint en face. Alors ils se sont chauffés un peu plus avec des « Macron démission ! » voire des « Macron enculé ! » pour les plus téméraires. Ils le criaient puis détalaient rapidement, s’attendant à une sévère remontrance. Mais toujours rien. Du coup, ils se sont mis à tout casser, cherchant désespérément à attirer l’attention. Et là au moins la réaction se fit sentir : tirs de flashball, grenades de désencerclement, lacrymos, etc… Le gouvernement a agi comme le daron qui, face à un caprice de son gosse, ne dit rien, ne dit toujours rien, et d’un coup, sans prévenir… BAM ! Grande gifle dans la gueule ! En s’exclamant « Tu ne l’avais pas vu venir celle-là ! ».

Mais revenons à notre grand débat. Est-ce véritablement une bonne idée de laisser la parole au peuple ? A-t-on vraiment envie que tout le monde donne son avis sur l’organisation du pays ? Instinctivement je suis pour. Pour la libre administration du peuple. Pour l’intelligence collective. Pour l’intérêt général.

Et puis, je réfléchis un peu. Je pense à des gens, sans aller bien loin, dans mon entourage. Et très vite, je me dis : « ah bah non, lui j’espère qu’on ne va pas prendre en considération son avis » ; « ah et puis lui non plus » ; « et lui encore moins »… (Pour les personnes qui se sentent visées : oui c’est bien à vous que je pense. Pour les personnes qui ne se sentent pas visées : c’était pourtant à vous que je pensais.) Et au final, en prenant du recul, j’arrive assez vite à la conclusion que je préférerais que les gens gardent leurs idées pour eux.

Car le problème est bien là. Ce qui me fait peur, ce n’est pas les gens n’aient pas d’idée, oh que non ! Ce qui me fait peur c’est que les gens en aient. C’est par exemple le cas des messagers de la parole divine qui prônent leur projet de société depuis des millénaires (d’où l’expression « il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis »). Ou alors de tous ceux qui se nourrissent du travail des autres et qui, ayant un appétit insatiable, s’exclament « le problème c’est qu’on ne travaille pas assez ! » (ils sont facilement reconnaissables puisqu’ils sont toujours suivi par une horde de sadomasos gémissant « oh oui ! Exploitez nous encore… »). Ne négligeons pas également les nostalgiques de De Gaulle qui témoignent graveleusement « A notre époque ça filait droit. Ce qu’il faudrait c’est une bonne guerre ». En omettant qu’il existe des gens comme moi qui pleurent à chaudes larmes devant le Roi Lion et s’évanouissent s’ils ont le malheur de s’entailler le doigt en épluchant un oignon.

Bon, ce qui est rassurant, et le gouvernement l’a certainement bien en tête, c’est que la probabilité que tout le monde parvienne à se mettre d’accord, ne serait-ce que sur un sujet, est faible. Pour ceux qui ont connu l’expérience de la vie  de famille nombreuse, vous savez qu’il est impossible de s’entendre sur des choses aussi banales que le menu du dîner. Et encore, quand je dis « famille nombreuse », je parle pour mon cas d’une famille de 5 personnes. Je n’ose pas imaginer les débats pré-repas des familles pauvres pour qui la reproduction demeure l’activité principale. Cela doit être un sacré casse-tête de savoir comment on dépense les allocs versées grâce au travail des bons français ! (Un petit cliché ordurier de temps en temps ça fait du bien. Comme toutes les bonnes choses, attention à ne pas en abuser.)

Dans tous les cas, ce débat ne pourra pas aboutir pleinement à un résultat satisfaisant (et pas uniquement parce qu’il est animé par Cyril Hanouna). En décentralisant les discussions, le gouvernement feint de donner le pouvoir aux citoyens alors qu’il ne fait que les pousser dans leur retranchement égoïste. Chacun va naturellement vouloir défendre ses intérêts propres (et les questions orientées du style « en sachant que les fonctionnaires sont payés avec vos impôts et que vous trouvez que les impôts sont trop élevés, pensez-vous qu’il y a trop de fonctionnaires ? » aident bien.)

Pour avoir un vrai débat, il faudrait accepter de tout remettre à plat.
Sortez vos feuilles blanches.

Mati.

Le travail c’est trop génial !

« Le cheval c’est trop génial »
(Fédération Française d’Equitation)

 

C’est un thème qui revenait souvent au fil de mes écrits, mais jamais je ne lui avais fait l’honneur d’être à la une : le TRAVAIL ! (« Youpi ! On attendait que ça ! »)

Pourtant, le travail mérite qu’on s’y attarde et qu’on y réfléchisse tellement il occupe une part importante de nos vies (part encore insuffisante pour certains). D’ailleurs, on notera que la première question que nous posons à une personne que l’on rencontre est : « Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? », sous-entendu : « Quel est ton travail ? ». Cela est beaucoup trop réducteur comme première approche ! Le risque de se faire une fausse image de la personne est trop important : par exemple, si quelqu’un me répond : « Je fais du web marketing dans une start-up d’objets connectés. », je vais instinctivement le classifier dans mon esprit en tant que « gros con », et je ne vais pas chercher à creuser. Peut-être à tort.

Je milite donc, pour que désormais, nous élargissions la question à : « Qu’est-ce que tu aimes dans la vie ? ». Et là, peut-être que, pour reprendre mon exemple précédent, la personne va choisir de me parler musique, cinéma, littérature, sport, etc… et une conversation pourra s’engager. Bon, après, il est également possible qu’elle me réponde : « Ce que j’aime dans la vie ? Le web marketing. D’ailleurs je travaille dans une start-up qui fabrique des objets connectés… » et là, je pourrai sans remord, le classifier dans la catégorie « gros con ».

Ceci étant dit, j’ai choisi de m’attarder aujourd’hui sur le travail car ma vision à ce sujet a récemment évolué. J’avais un point de vue très pessimiste de la chose, qui pouvait se résumer ainsi : « Le travail c’est de la merde. » Bon, j’essayais d’y penser le moins possible, notamment le matin en me rasant, avant de partir au boulot, car un accident, du style tranchage de carotide, est vite arrivé… (Je plaisante évidemment : je ne me rase pas le matin.)

Mais tout ça, c’est fini ! J’ai de nouveau foi en l’avenir ! Le travail c’est trop génial !

Si j’ai pu changer d’avis, c’est parce que ma vision était tronquée et subjective. Par exemple, pour tous ceux qui sont passionnés d’étymologie (population que l’on peut estimer, selon la police et les manifestants, à 1 : mon père), l’idée selon laquelle le mot « travail » serait issue du latin « tripalium », qui désigne un instrument de torture, est fausse. En réalité, l’origine renverrait plutôt à une idée de mouvement (d’où la consonance avec l’anglais « travel », voyager), de passage (d’où la consonance entre « trabajo », le travail en espagnol, et les « traboules » qui désignent un passage à travers des pâtés de maisons), nécessitant un effort (d’où le travail qui désigne la phase d’accouchement depuis le Moyen-Âge). Le travail exprimerait donc plutôt l’idée de passage d’un état à un autre, d’atteinte d’un but, en produisant un effort ou en franchissant un obstacle. Sans pour autant que cela soit intrinsèquement un supplice.

Hormis pour essayer d’impressionner mon paternel, je ne m’attarde pas là-dessus par hasard. Cette idée reçue n’est pas anodine, elle n’est pas innocente. L’idéologie derrière est vicieuse : nous laisser penser que la souffrance au travail est naturelle, qu’elle en est l’essence-même. Et moi, naïvement, j’y ai cru ! En même temps, il faut bien reconnaître que l’expérience du travail est plutôt conforme au sombre tableau que l’on dépeint. Les causes de souffrance sont multiples : manque de moyens, sentiment d’inutilité, hiérarchie qui se prend pour votre chef, réveil qui sonne alors qu’on dort, horaires totalement inadaptés à notre rythme biologique (par exemple, moi, la journée j’aime bien me reposer. Sinon après je suis trop excité et je ne dors pas la nuit.), tâches contraignantes (par exemple, si notre travail c’est de faire ci, alors que nous on aime faire ça, et bien il faut quand même faire ci).

Mais une autre voie est possible !

Cette voie est développée par Bernard Friot, économiste et sociologue de renom (pour ceux qui connaissent son nom), dont j’ai eu la chance d’assister à une des conférences. Pour faire simple[1] : l’idée est de reprendre le contrôle sur le contenu de notre travail dont les contours sont aujourd’hui dictés par les capitalistes. Pour faire vulgaire : les patrons c’est des enculés donc, en toute logique, ils nous enculent.

En définissant de façon libre et autonome le contenu de son travail, on s’offre l’opportunité d’aller là où on se sent utile socialement, d’aller vers ce que l’on a envie de faire, vers ce que l’on aime faire (et, a priori, personne ne va se diriger seul vers du web-marketing). Pour pouvoir s’épanouir pleinement, sans avoir l’angoisse du frigo vide, le système serait soutenu par une rémunération à la qualification, qui oscillerait entre 1.500 et 6.000 €, et qui serait garantie à vie.

D’ailleurs, ils sont déjà de plus en plus nombreux à se lancer à l’aveugle dans l’aventure. Ce sont généralement des employés de bureau, conscients de la superficialité de leur contribution à la société, qui refusent de continuer à exécuter des tâches inutiles et vides de sens (les fameux bullshit jobs) et choisissent de s’émanciper. Malheureusement, pour le moment, tout est fait pour que la tâche soit complexe et les barrières nombreuses. Du coup, il faut nécessairement se marginaliser et, dans mon esprit, le projet se limite à des hippies qui marchent pieds nus et qui jouent du ukulélé autour d’un feu de camp. Non merci, j’aime trop ma musique pour écouter du ukulélé.

N’empêche que je suis ressorti de cette conférence plein d’enthousiasme (ce qui se caractérise en général chez moi par un léger plissement de de la fossette gauche. Que les plus optimistes pourraient qualifier de « sourire ») et d’envie de propager la bonne parole. Même si cela peut sembler utopique, même si cela ne sera sûrement pas pour aujourd’hui, ni pour demain, il est évident que le système actuel ne peut pas perdurer indéfiniment. Il engendre trop de souffrance et d’inégalités. Et rien que de savoir que des gens réfléchissent à un autre système, que des gens se lancent, essaient ou simplement soutiennent : cela fait un bien fou.

Mais très vite l’enthousiasme est redescendu (un peu comme quand tu rêves que tu fais l’amour avec Rihanna et que finalement non, tu ouvres les yeux et c’est juste ta femme. Qui s’est endormie depuis 10 minutes). Je me suis confronté à toutes les résistances et réticences possibles : « C’est bien beau tout ça mais comment on finance ? » « Mais j’aime bien mon travail moi » « Et qui va choisir de ramasser les poubelles ? » « Tout le monde va en profiter pour rien foutre. Les gens sont cons tu sais. »

Sur ce dernier point je suis d’accord. Rien ne changera jamais. Les gens sont trop cons.

 

Mati.

[1] Ce qui en réalité n’est pas le cas, donc pour ceux que cela intéresse et qui voudraient approfondir le sujet, je vous invite à jeter un coup d’œil par ici :  http://www.reseau-salariat.info/?lang=fr

 

 

Le 17 novembre, tous derrière Bernard, automobiliste en colère !

« Quand on pense qu’il suffirait que les gens n’achètent plus pour que ça ne se vende pas »
(Coluche)

Derrière les grands évènements historiques se cachent de grands hommes (derrière lesquels se cachaient souvent de petites femmes, courbées sur leur manche à balai. Je dis « cachaient » car désormais, au nom de l’égalité des sexes, les petites femmes se tiennent au côté des grands hommes. Et derrière, le sol est dégueulasse.).

Le dernier exemple de grand homme français est le général De Gaulle (selon mon Papi, à la fin des repas de famille). Mais il semblerait que la relève pointe le bout de son nez. Bien entendu, il est encore trop tôt pour se prononcer, mais je suis prêt à parier que le nom de Bernard, automobiliste en colère, créateur de l’évènement Facebook « LE 17 NOVEMBRE BLOQUONS TOUT », restera dans l’histoire.

Que nous-dit Bernard, automobiliste en colère ? « Samedi 17 novembre, pays mort : c’est-à-dire ne faire aucun achat, n’aller dans aucune banque, ne pas se servir aux pompes à essence, ne pas dépenser un seul centime. Ne pas prendre de transport en commun, pas de péage, parking, autoroute, là, oui, on bloque ce qui emmerde le plus le gouvernement, c’est-à-dire le fric. »

En lisant ça, j’ai des frissons. Je saisis l’émotion qu’avait pu ressentir les français, accablés sous l’occupation allemande, lors de l’appel du Général De Gaulle le 18 juin 1940 : « Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas. » Cette fois, je sens que la fin de l’occupation capitaliste est proche. Les gens ont enfin compris que les banques, les compagnies pétrolières, la grande distribution n’étaient pas nos alliés et qu’il fallait les repousser hors de nos frontières ! Ainsi, cela provoquera un grand exode des banquiers qui seront obligés d’émigrer ailleurs. Les autres pays s’indigneront : « Nous ne pouvons pas accueillir tous les banquiers du monde ! », la haine anti-banquier explosera, les gens voteront extrême gauche et ce sera la fin du capitalisme dans le monde entier !

Quel génie ce Bernard ! Allez, soyons tous derrière notre leader : « Bernard, automobiliste en colère, président ! Bernard, automobiliste en colère, président ! » (Il faudra peut-être qu’il revoit son blaze parce que ce n’est pas évident à scander comme slogan. Essayez chez vous, vous verrez.)

Je m’imagine déjà, quand mon tour sera venu d’être Papi, raconter à mes petits-enfants, à la fin des repas de famille, qu’à notre époque il fallait travailler dur pour manger, se loger, se vêtir… et qu’en plus, il fallait se battre pour travailler, que c’était une chance (!) dont tout le monde ne bénéficiait pas. Je leur dirai que ce travail ne bénéficiait, au final, qu’à un petit nombre de personnes qui accumulaient les richesses pendant que d’autres n’avaient rien. Mais je pourrai surtout leur expliquer que tout cela est fini grâce à Bernard, automobiliste en colère, dont je vanterai encore et encore le courage et l’abnégation. Et là, mes petits-enfants me répondront « Mais ouii, on sait Papi Mati, la maitresse nous en a parlé à l’école ! » (et surtout ça fait 50 fois que tu nous le racontes. Mais ça, ils ne le diront pas car j’aurai des petits-enfants bienveillants. Ooooh je les aime déjà ! Enfin certains plus que d’autres. Ne me demandez pas pourquoi, c’est physique. Genre le petit dernier je ne peux pas le voir.)

Malheureusement, je crois que je m’emballe un peu et que tout ça est irréel. Au risque d’endosser le rôle de collabo, j’ai bien peur que Bernard, automobiliste en colère, se trompe d’ennemi. Si on lit son discours jusqu’au bout, on remarque qu’en réalité il ne souhaite pas s’attaquer aux industries capitalistes mais plutôt « emmerder le gouvernement » (je m’excuse pour cette grossièreté mais ce sont ses termes. Après il faut bien admettre que ce franc-parler fait aussi le charme de Bernard, automobiliste en colère.) Il ne s’insurge pas contre un système politique global mais contre la hausse des taxes sur le carburant. Il veut continuer à consommer sans se poser de questions.

Attention, loin de moi l’idée de défendre le gouvernement. L’État n’est évidemment pas exempt de tout reproche. Il a longuement encouragé un système, en allégeant les taxes sur le diesel, dont il doit désormais colmater les brèches, en faisant face à une multiplication des cancers liés à la pollution de l’air. C’est le serpent qui se mord la queue (est-ce que se mordre la queue peut être considéré comme de la masturbation ?). Et puis il fait mine de prendre conscience du drame écologique sans proposer aucune alternative viable (style trottinettes ou balais volants).

Mais là où mon rêve s’effondre et vire au cauchemar, c’est que ceux qui vont être bénéficiaires de ce blocage et de cette grogne, ce sont justement les grandes entreprises. Leclerc a déjà annoncé que jusqu’à fin novembre, il vendrait le carburant à prix coûtant, sans faire de marge… Il faut bien admettre qu’un tel opportunisme force l’admiration.

Bilan de l’histoire : le gouvernement passe pour le méchant, les entreprises passent pour les gentils, les gens vont voir leur pouvoir d’achat diminuer et la prise de conscience écologique n’a pas avancé… Donc le 17 novembre je serai effectivement derrière Bernard, automobiliste en colère… parce qu’il me bloquera la route.

 

Mati.

« Mais attends, il existe vraiment ce Bernard ?
Je ne sais pas moi, demande-lui !
C’est qui « lui » ?
– Bah Mati…
– Mais c’est moi Mati !
– Ah ok très bien, donc je me parle tout seul en fait. »

L’affaire Benalla : enfin la vérité !

« J’ai dix ans,
Je sais que c’est pas vrai, mais j’ai dix ans,
Laissez-moi rêver, que j’ai dix ans,
Ça fait bientôt quinze ans, que j’ai dix ans,
Ça parait bizarre mais
Si tu m’crois pas hé, tar’ ta gueule à la récré »
(Alain Souchon)

Petit rappel des faits : un sbire de la Cour de Macron 1er, Alexandre Benalla, a été filmé en train de jouer à la bagarre avec un couple de manifestants le 1er mai.

Le scandale est immédiat.

Non mais qu’est-ce que c’est que ces enfantillages ? Sa maman ne lui a jamais appris que « Jeux de mains = jeux de vilains » ? Et puis, le plus choquant dans l’histoire, c’est qu’il était déguisé en policier ! Monsieur Benalla, franchement, il serait temps de grandir un peu. On ne se déguise plus quand on est un adulte (enfin sauf dans des soirées à thème ou pour des enterrements de vie de garçon / vie de jeune fille. Donc que dans des situations de tristesse infinie). Et puis, ça vous fait encore rêver le métier de policier ? Seule la naïveté enfantine, permet d’envisager le monde sous le prisme « méchants vs gentils ». Prisme indispensable à quiconque souhaite incarner la justice.

Après avoir pris connaissance de ces faits, le peuple français s’insurge. Il estime être en droit d’attendre plus des collaborateurs de notre souverain. Qu’est-ce que cela va être la prochaine fois ? Le premier ministre, Edouard Philippe, va arriver au conseil des ministres en costume de Harry Potter ? Et jeter son sort « Supprimum Chômageum » ? Le porte-parole, Christophe Castaner, va débarquer sur BFM TV grimé en Dark Vador ? S’adressant aux français en leur demandant de rejoindre le côté « En marche » de la force ? (Personnellement, je ne serais pas contre. Au moins le côté « on se fout de votre gueule » serait assumé.)

Revenons à notre Monsieur Banollo. Tout le monde se pose la question : « Mais qu’est-ce qu’il foutait là ? ». N’avait-il pas mieux à faire en ce 1er mai ? Comme divertir notre monarque ? Disputer avec lui une partie de Mario Kart (en s’arrangeant pour le laisser gagner) ? Soigner les vergetures de Brigitte ?

Après un long travail d’investigation, je suis en mesure de vous dévoiler la vérité. Je ne peux évidemment pas dévoiler mes sources mais elles sont fiables. (C’est elles qui me l’ont dit et vu qu’elles sont fiables, je les ai crues.)

En effet, la présence de Monsieur Bonullu n’est pas le fruit du hasard. Rien n’est jamais le fruit du hasard puisque le hasardier est un arbre qui n’existe pas (jeu de mots à mettre sur le compte de la chaleur). C’est comme la bagarre entre Booba et Kaaris (« Quand on a vu ça on peut mourir tranquille » RIP Thierry Roland), vous n’allez pas me dire que, comme par hasard, ils se croisent à l’aéroport d’Orly puisque, comme par hasard, ils doivent tous les deux donner un concert à Barcelone et que, comme par hasard, des gens autour d’eux ont un smartphone et ont le réflexe de filmer. Non, non tout ça est trop surréaliste.

Donc je vous disais, Monsieur Benilli était là pour une raison précise. Ses victimes, un couple de manifestants grecs, étaient ses cibles depuis le départ. Par souci de simplification, nous les nommerons Papayotis Rastapopoulosos et Athenarisotos Exharcopoulpis.

Dès le départ, Monsieur Bonullu, voulait en découdre avec Papayotis Rastapopoulosos, enfin plutôt avec Athenarisotos Exharcopoulpis que Papayotis Rastapopoulosos, même si les images témoignent d’une violence plus accrue envers Papayotis Rastapopoulosos que Athenarisotos Exharcopoulpis.

Pour vous la faire courte, Monsieur Benallax, est tombé amoureux de Papayotis lors d’une soirée déguisée pendant son dernier voyage à Mykonos. Il était déguisé, je vous le donne en mille, en CRS ! Papayotis était quant à lui déguisé en Dieu grec (pas très original, mais bon, qui sommes-nous pour juger ?). S’en est suivie une idylle courte mais passionnée. Les mauvaises langues parleront d’ « amourette de vacances » mais ce qui se cacha derrière était bien plus profond.

Sauf que Monsieur Belanna dut retourner en France. Macron s’ennuyait et puis il en avait marre, Nicolas Hulot refusait de le laisser gagner à Mario Kart et Gérard Colomb était trop nul – il s’endormait en pleine partie – pour apprécier la victoire. Les adieux furent déchirants. Ils se promirent de se revoir très vite, échangèrent numéros et réseaux sociaux pour rester en contact.

Sauf que le temps passa et fit son œuvre. Les échanges furent de moins en moins rapprochés. Et un jour, Monsieur Binallu, découvrit sur Instagram une photo de Papayotis enlacé dans les bras d’une « grosse pute » (c’est le terme qu’il a employé à ce moment). Et en plus, les deux tourtereaux évoquaient leur projet de venir passer des vacances en France ! A Paris ! Alors que Papayotis avait toujours trouvé des excuses pour ne pas venir voir notre pauvre Monsieur Bunollo !

Leur venue était prévue le 1er Mai.

Vous connaissez la suite…

Mati.