Le développement personnel est-il de droite ?

Véritable phénomène, le développement personnel oublie-t-il de la jouer collectif ?

Au-delà des livres, des conférences, des stages, c’est un mouvement de fond partagé par un nombre croissant de personnes qui cherchent à s’améliorer continuellement, à devenir « une meilleure version de soi-même ». Outre le business qu’il génère, le développement personnel est-il une véritable aide pour des personnes en détresse ou un outil égoïste pour nous faire accepter davantage de compétition et d’inégalités ? On en parle avec des psychologues, des coachs, des pratiquants.

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Avant toute chose, mettons-nous d’accord sur ce qu’est le développement personnel. C’est un mouvement un peu « fourre-tout » et l’on pourrait vite se perdre à définir ce qui en est ou ce qui n’en est pas. Il n’existe pas de définition officielle. Pour cet article, ce qu’on entend par développement personnel est un courant de pensée, donnant lieu à des conseils, des outils, des formations, qui part du principe que chaque individu dispose de ressources intérieures cachées et que par un travail personnel, par des exercices réguliers, il pourra exploiter ces ressources et augmenter son niveau de bien-être. Pas besoin d’être un fin observateur pour se rendre compte que le développement personnel est partout. Impossible d’y échapper. Il truste les devantures des librairies, des livres tels que « Les quatre accords de toltèques » ou « Le pouvoir du moment présent » se sont vendus à plusieurs millions d’exemplaires ; il inonde YouTube de vidéos telles que « Devenez extraordinaire » ou « Osez vivre la vie qui vous inspire » et il peut même gagner des recoins insoupçonnés puisque le numéro d’avril 2019 de Psychologie magazine s’interroge : « Le ménage, un outil de développement personnel ? ».

Au premier abord, le développement personnel semble être la solution à tous les problèmes. En naviguant parmi les vidéos, les livres ou les conférences qu’il propose, difficile de ne pas se sentir concerné par au moins une problématique : réussir sa carrière, vaincre ses dépendances, booster sa confiance en soi, être à l’aise à l’oral, devenir un bon parent, partager son enthousiasme et ses passions, etc. Pour Aude Provillard, étudiante en dernière année (quel niveau) de psychologie, qui a parfois succombé aux sirènes du développement personnel, ce discours « est très culpabilisant. On ne prend pas en compte les spécificités de chacun et on te dit : « Regardez je suis heureux donc vous n’avez qu’à faire pareil. » »
En effet, une fois que l’on a identifié une problématique à résoudre, il va de la responsabilité de chacun de s’atteler à la résoudre. Ainsi, Miguel Ruiz dans Les quatre accords de toltèques assure que « Le seul moyen de modifier le monde qui nous entoure est de changer à titre personnel. Si nous parvenons à modifier notre propre univers, nous gagnerons la paix intérieure et retrouverons l’amour inconditionnel ». David Laroche, une star du développement personnel, (qui reste pourtant modeste en laissant les autres le décrire sur son profil Linkedin : « Ce qu’on dit de moi : Performant, impactant, méthodique, inspirant… ») s’inscrit dans la même veine. Il multiplie les vidéos sur YouTube (610 à son actif) et dans celle intitulée « Devenez extraordinaire », il nous regarde droit dans les yeux et, sur fond de musique épique, déclame d’un ton solennel que « être extraordinaire ça commence par une décision, la décision de se dire oui je suis extraordinaire, oui il y a de la magie en moi, oui je suis puissant, j’ai de la force, je suis un homme charismatique fort et puissant, je suis une femme magique, je suis une lionne ! ». Frissons garantis.
Il est certain que ces discours peuvent faire du bien sur l’instant. Il peut être euphorisant de se dire que la solution réside en nous et que nous pourrions basculer du côté clair de la force d’une simple décision. Malheureusement, Baptiste Lignier, psychologue, psychothérapeute et maître de conférence à l’Université de Bourgogne, nous ramène à la dure réalité : « Si c’était si simple ça serait bien. Mais ce n’est pas forcément le cas. […] Ce n’est pas juste qu’on a un bouton pour se dire on pense positivement. C’est aussi la façon dont on met du sens sur ce qui nous arrive, quelle interprétation on fait de cet évènement, de cette personne autour de nous. Et ça ce n’est pas forcément facile. »

Si vous avez déjà lu tous les livres disponibles à la FNAC sur le sujet (respect) et regardé toutes les vidéos YouTube (j’ai du mal à vous croire mais bon, admettons) et que vous continuez à vous sentir aussi intéressant que le Parti Socialiste actuellement, pas de panique. Le développement personnel n’a pas encore dit son dernier mot. Vous pouvez toujours faire appel à un coach de vie. Contrairement aux livres et vidéos qui restent généralement abstraits pour toucher tout le monde, cette offre va justement jouer la carte de l’accompagnement individualisé.
Alors attention, Olivier Champion, coach professionnel à Dijon nous prévient d’emblée : comme pour les chasseurs, il y a le bon coach et il y a le mauvais coach : « Il y a des gens qui ont de bonnes intentions très certainement, mais par contre quand tu t’occupes de gens, ça demande un minimum de bagages. […] Moi dans ma pratique je ne m’improvise pas apprenti sorcier. » L’avertissement est le même du côté de Laurent Sauriat, coach et préparateur mental à Dijon : « Tu mets un coup de pied dans une poubelle, tu trouves 50 000 coachs avec 50 000 diplômes différents mais avec très peu d’expérience terrain parce que moi la chance que j’ai c’est que j’ai 25 ans d’expertise dans les armées, ces 25 ans ça ne s’invente pas. »
A priori, nous avons la chance d’avoir pu nous entretenir avec deux « bons coachs ». Profitons-en pour en savoir un peu plus sur leur pratique. Olivier Champion propose « des actions brèves ». Il explique : « au-delà de 12 séances je n’ai jamais fait. Le coaching pour moi c’est d’amener d’un état A à un état B. On est vraiment dans une notion opérationnelle des choses ». L’état d’esprit est le même pour Laurent Sauriat qui propose des Techniques d’Optimisation du Potentiel (TOP) et précise que « les TOP sont vraiment des outils très pragmatiques rapides et faciles d’accès. »
Cette promesse de résultats rapides, concrets répond à un besoin. Le temps c’est de l’argent. Pour Baptiste Lignier, notre psychologue : « Maintenant les gens se dirigent vers des choses plus simples ou des choses moins coûteuses, moins longues, d’où cet essor du développement personnel ou des techniques très précises très courtes, mais qui, à mon avis ne sont pas adaptées à tout le monde et peuvent faire parfois plus de mal que de bien. »

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A ce stade, l’idée n’est pas de dire que les solutions proposées par les coachs sont dangereuses ou pour le moins inefficaces. On comprend que dans certaines situations, on puisse ressentir le besoin de se faire accompagner. Olivier Champion nous explique à ce sujet que les personnes « vont être dans une notion d’espace sécurisé, dans lequel tu peux poser tes valises, dans lequel tu n’es pas jugé, dans lequel on va être centré sur toi. On va te proposer des options, des scénarios, on va bosser ensemble là-dessus. » Et d’ailleurs, on est bien dans l’obligation de reconnaître les potentiels bienfaits que cela peut avoir après avoir entendu le témoignage de Bernadette, à Besançon. Suite à une rupture amoureuse compliquée, elle est partie 3 jours faire un stage de développement personnel en yourte (ouais, en yourte…) et au final « ça m’a fait un bien fou ». Le pourquoi du comment est un peu flou, elle nous confie que les formateurs lui ont demandé « de ne pas raconter à l’extérieur ce qu’il se passe » (sûrement pour garder secrète la recette de la potion magique) et avoue même « si j’avais su à l’avance ce que j’allais faire je n’y serais certainement pas allé ». Plus généralement, des techniques comme la méditation ont fait leur preuve scientifiquement et sont aujourd’hui promues et utilisées par des psychiatres comme Christophe André. On ne peut que s’en réjouir.
Mais si l’on sort du cadre des problématiques très personnelles, le point de vue sera-t-il toujours le même ? Ainsi, selon un article paru dans la revue Frustration, revue (très à gauche) de critique sociale et politique : « Conçu pour répondre à des détresses bien présentes, le développement personnel fait en réalité écran à leur compréhension plus collective et plus réaliste, donc politique ». Et en effet, Olivier Champion relate clairement des problématiques qui sont de l’ordre sociétal, où le discours « est de dire tu peux avoir accès à tout, facilement, demain tu peux être un Steve Jobs un Mark Zukerberg, parce qu’en fait c’est ça qu’on te fait bouffer au quotidien, des gens qui ont changé le monde, qui ont révolutionné ça, alors que pour moi c’est comme dans le sport de haut niveau, il y a beaucoup de participants mais peu d’élus. » Le son de cloche est le même pour Laurent Sauriat : « Je crois qu’aujourd’hui les gens sont en quête de sens. […] on leur a juste inculqué depuis tout petit : tu travailles 45 ans, tu prends ta retraite, tu t’achètes ta maison à crédit et tu seras libre mais ce n’est peut-être pas ça être libre. »
Dans ces cas-là, consulter un coach permettra certainement de colmater les brèches, d’aider la personne à aller mieux sur l’instant et pourquoi pas même accompagner dans une reconversion professionnelle. Sauf que cela n’aura pas d’impact sur le fond du problème. Et Bernadette le reconnaît volontiers. Le développement personnel l’a aidé à accepter certaines situations, notamment au travail et « dans ce sens-là c’est beaucoup plus individualiste et ça ne sert pas forcément la communauté ». De même, la terminologie de « coach » est révélatrice. Les deux que nous avons rencontrés sont spécialisés dans les armées, le sport et l’entreprise. Des univers concurrentiels à la recherche de performance permanente. Transposer cela dans la vie personnelle n’est pas anodin.

Pour autant, ne tombons pas dans la facilité qui pousserait à dire : les gens sont égoïstes, ils ne pensent qu’à leur gueule et ils font du développement personnel pour devenir un Terminator qui écrasera les autres. Pour le sociologue Nicolas Marquis, qui a fait sa thèse sur le sujet, « le développement personnel est un outil qui permet d’expliquer pourquoi, parmi des individus théoriquement égaux en droit et en valeur, certains vivent une vie plus intéressante que d’autres. Le mérite se mesure à l’aune de la volonté et de l’action, autrement dit de la capacité à s’en prendre à soi-même. » Le développement personnel serait au service de la société pour ne pas remettre en cause des inégalités sociales, économiques et même pire, pour culpabiliser ceux qui en sont victimes. Il est révélateur d’une perte de crédit des voies classiques d’actions sur le monde et notamment des voies collectives : la politique ou les syndicats.

Mais l’espoir demeure. Même face à une problématique très intime, Bernadette explique qu’elle a trouvé la repentance dans le collectif, son stage étant réalisé en groupe. « Tu te rends compte du lien que tu peux créer avec des gens avec qui tu n’as aucun point commun et pourtant on en chie tous dans la vie et donc l’énergie du groupe fait beaucoup ». De même, le dernier film de François Ruffin, « J’veux du soleil » témoigne en ce sens. En allant directement sur les ronds-points, à la rencontre des gilets jaunes, le député-journaliste montre l’enthousiasme qu’a pu susciter un tel mouvement, l’espoir que cela a fait naître chez beaucoup. Il déclarait d’ailleurs récemment lors de sa venue au cinéma Eldorado à Dijon : « C’est le moment où la honte privée devient colère publique. C’est le moment où les isolés, les intérimaires, les auxiliaires de vie sociale, les personnes handicapées, les auto-entrepreneurs font du collectif sur les ronds-points. »

Pourquoi le développement personnel ? Vive le développement collectif !

 

Mati.
(Article publié dans le numéro 27 de Sparse)

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Un président, à quoi ça sert ?

« Aujourd’hui, j’mettrai ni ma chemise, ni ma cravate
J’irai pas jusqu’au travail, j’donnerai pas la patte. »
(Orelsan – Suicide social)

J’aurais aimé pouvoir commencer cette chronique ainsi :
« Papa c’est qui le monsieur pas rigolo à la télé ? demanda ma petite fille visiblement agacée par le spectacle qui lui était offert.
– C’est le président de la République ma chérie.
– Et il sert à quoi ?
(je reconnais bien là l’impertinence de son père)
– Euuuh… »

Et là j’aurais beugué. Incapable de lui répondre. Et ça aurait fait une super intro. Sauf que je n’ai pas de gosse. Alors autant dire que quand j’en aurai, ils n’auront pas intérêt à me faire chier. Même si je les oublie à la sortie de l’école : « Et toi t’étais où quand j’avais besoin de toi hein ?! »

Du coup, je vais tâcher de me démerder tout seul. C’est pathétique mais je suis obligé de m’auto-poser la question : « Un président, à quoi ça sert Mati ? ». On a pris l’habitude de le voir à la télé, caresser le cul des vaches au salon de l’agriculture, donner des leçons de morale aux chômeurs, faire du ski avec Brigitte, jouer à « qui à la plus grosse ? » avec Trump, mais concrètement, quel est le sens de cette fonction ?

Le réflexe quand on se pose ce genre de question (et qu’on est seul) : Google. Alors je tape dans la barre de recherche : « rôle du président de la République ». Le premier site qu’on me propose est « teteamodeler.com », un site pour enfants qui propose également des bricolages, des comptines, des coloriages… J’avais raison sur un point : normalement c’est les gosses qui se posent ce genre de questions. Je décide cependant de ne pas m’attarder sur ce site. J’ai encore un peu de fierté.

Après avoir été visiter des sites réservés aux adultes pour me changer les idées, je poursuis mes recherches. Google un peu de sérieux s’il te plaît. « Elysée.fr » ? Ah voilà ! C’est parfait ça ! Interrogeons la source elle-même. Dîtes-moi, que faîtes-vous monsieur le Président ? L’Elysée nous répond (un conseiller certainement, le président doit être très occupé) : « Le président a des pouvoirs propres : la nomination du premier ministre, le recours au référendum, le droit de dissoudre l’Assemblée Nationale, la mise en œuvre des pouvoirs exceptionnels de l’article 16 (comme si je connaissais le règlement intérieur par cœur), le droit de messages aux assemblées (traduction : le droit de pêcho le 06 de tous les députés), la nomination de trois des membres, et du Président, du Conseil constitutionnel et enfin, le droit de saisine du conseil constitutionnel. »

Bon… Soyons honnêtes, c’est extrêmement décevant. Ces pouvoirs sont d’un ennui ! Pour le coup, heureusement que je n’ai pas de petite fille, j’aurais été obligé de lui mentir : « il a le pouvoir de voler, de soigner les maladies ou au contraire, de rendre malade la maîtresse, de faire tomber amoureux de toi le petit Théo, d’imposer cinq récrés par jour ». Pour ma part, je m’attendais a minima à « le président a le pouvoir de vie ou de mort sur l’ensemble des citoyens. Et si t’es en dêche il peux te dépanner 100 balles. ». Mais non. Du coup, je ne comprends pas l’engouement pour cette fonction. Pourquoi est-ce que des mecs se battent pour y accéder ? Et surtout, pourquoi est-ce que certains les soutiennent corps et âme pour les y aider et vont s’amasser dans des Zénith pour agiter des drapeaux français ?

Enfin, vous me direz, moi ça me tente bien comme job. Tu te fais élire, le lendemain tu nommes ton sbire de premier ministre (idéalement pas trop con, mais pas trop intelligent non plus, sinon il va comprendre que c’est toi qui a le bon rôle) et après, pendant 5 ans, tu peux te la couler douce. Car le reste des pouvoirs du président ne sont que des pouvoirs potentiellement activables. Et donc potentiellement inactivables.

A la rigueur, pour l’ego, je reconnais que cela doit être jouissif de se balader à l’Assemblée Nationale et de les voir tous se courber sous le poids de la menace de dissolution. De façon un peu sadique, je me permettrais même de répandre des fausses rumeurs « Tiens je me fais chier, je me demande si je ne vais pas dissoudre aujourd’hui ». Et là, j’observerais combien plongent à quatre pattes, prêts à faire offrande de leurs deux orifices ? (trois pour les femmes, qui sont toujours avantagées).

En parcourant un troisième site, « Vie-publique.fr », ma désillusion s’accentue. On y apprend que le Président bénéficie (pâtit ?) de l’irresponsabilité politique. C’est à dire qu’il ne peut être tenu responsable de la politique de la nation. C’est le gouvernement qui endosse cette responsabilité.

Désormais, je comprends mieux pourquoi les derniers présidents que j’ai connu (Sarkozy, Hollande et Macron) me semblaient dénués d’un quelconque intérêt. Le poste de Président n’a aucun pouvoir. Son seul intérêt serait de faire rêver, de proposer un projet de société afin de provoquer un engouement chez ceux qui ont réellement la capacité d’agir : nous ! Mais franchement, quelle est la dernière idée novatrice ces vingt dernières années (et certainement au-delà) proposée par un Président qui vous a fait vibrer ? Tout est terne, triste, se limite à des idées de petit gestionnaire ayant pour objectif de ne surtout pas faire de vagues. L’absurdité est même poussée à son paroxysme quand les rôles sont inversés avec ce Grand Débat National : c’est le peuple qui est censé fournir les idées. Quel aveu d’échec !

 

Mati.

Passé, présent, futur : comment faire pour s’y retrouver ?

« Nous ne nous reverrons plus, sur Terre
Dit le poème, le passé vient plus vite qu’on pense
À genoux j’implore ciel et mer
Et ce brin de bruyère
Seul souvenir pour récompense
Comme Apollinaire
Un souvenir pour récompense. »
(Feu Chatterton – Souvenir)

Le temps c’est de l’argent ; le temps est relatif ; au temps béni des colonies ; au temps en emporte le vent ; c’était le bon vieux temps ; les temps sont durs ma bonne dame ; si les temps est gelé, vous pouvez patiner dessus…

Autant d’expressions qui témoignent de notre préoccupation profonde liée au temps. Nous pouvons même parfois éprouver une certaine difficulté à nous situer dans l’espace temporel. Il est déjà particulièrement délicat de répondre à la question existentielle « qui suis-je ? » mais la problématique est exacerbée lorsque s’ajoute la question « quand suis-je ? ». Souvenir ? Prédiction ? Réalité ? Il n’est pas toujours évident de se repérer. C’est pourquoi je vous propose un petit guide pour sortir de ce marasme. Nous l’appellerons « Perdu à la recherche du temps » (Blague de niche).

Pour cela, partons d’un exemple. Pensez à votre amoureux ou amoureuse (poly-amoureux s’abstenir). […] C’est bon, vous l’avez ? Alors, si vous ne connaissez pas cette personne, c’est que vous êtes dans le futur. Si vous êtes assailli d’ondes positives, balayant sans effort les poussières négatives, et que vous l’aimez, sans faille, vous êtes dans le passé. Par contre, si c’est flou et que vous êtes parasités par des pensées extérieures (comme votre femme qui vous exhorte de vous lever du canapé pour passer le balai) freinant vos ardeurs sentimentales, vous êtes dans le présent.

Bon, vous me direz, à raison, que l’amour n’est pas très plausible scientifiquement, son expérience étant propre à chacun. Basons-nous sur un autre exemple, un exemple universel : la bouffe. Pensez pour cela à votre plat préféré. Si bizarrement ce n’est pas le même, parce que vos goûts ont changé, que vous vous préoccupez désormais davantage de savoir s’il y a du gluten, des calories en surplus ou des additifs cancérigènes, c’est que vous êtes dans l’avenir. Si instinctivement, vous pensez à votre madeleine de Proust (cf blague de niche ci-dessus), comme la tarte aux pommes de votre grand-mère, qu’elle préparait spécialement pour votre goûter lors des vacances et que vous salivez tel un bouledogue enragé en y pensant, vous êtes dans le passé. En revanche, si vous pensez à une plâtrée de pâtes parce que c’est rapide et que cela vous arrange bien vu que, le midi vous avez à peine une heure de pause et que le soir c’est la course entre le judo du grand et les devoirs de la petite, c’est que vous êtes dans le présent.

Quelles conclusions tirer ?

L’avenir n’a aucun intérêt. D’ailleurs ce n’est pas innocent si nous laissons l’étude de cette temporalité aux voyants, médiums, scénaristes de science-fiction ou autres âmes pestiférées vivant à la marge de la société. Si jamais vous y êtes en ce moment, hâtez-vous de prendre votre billet retour. L’avenir est dangereux, il est menteur et manipulateur, il vous attire ou vous effraie mais dans tous les cas, il est illusoire. Les optimistes voient dans l’avenir un verre à moitié plein alors que les pessimistes y voient un verre à moitié vide. Seules les âmes conscientes, ou devrais-je dire aware, telles que celle de Jean-Claude Van Damne, voient la vraie nature de l’avenir : « J’adore l’eau, dans 20 ou 30 ans il n’y en aura plus ». Car oui, [lumière sombre, musique qui fait peur, voix grave] l’avenir c’est la mort.

Le présent est arrogant. Il est persuadé de détenir LA vérité, d’être le seul digne d’intérêt, le seul dont l’existence ne peut être remis en question. Du coup, il profite de cette position de force pour faire absolument n’importe quoi. Monsieur le présent impose ses conditions et nous n’avons visiblement pas notre mot à dire. Pire encore, les marchands de bien-être et de développement personnel nous incitent à le chérir. Forcément, quand vous mettez une seule fille dans une boîte de nuit à 3 heures du matin, belle ou pas, tous les loups affamés vont fondre sur cette proie unique. Je m’y refuse (non pas par fierté, mais parce que je suis bien trop faible pour être le mâle alpha).

A l’inverse, loin de la furie du présent et de la malhonnêteté de l’avenir, le passé est tendre et bienveillant. Il est à notre écoute et nous accueille les bras ouverts. Qu’il est doux de se plonger dans ses limbes ! Il souffre parfois d’une mauvaise réputation, il provoquerait remords et regrets. Mais c’est un tort, il n’en est pas responsable ! La faute revient aux satanés présent et avenir qui sont de mèche pour nous forcer à avancer et à prendre des décisions sans nous donner les clés de compréhension de nos propres actions. Le passé lui est pédagogue et nous offre un panorama grandiose après une longue randonnée. Il est même malléable : on peut l’enjoliver, en faire des films ou écrire des livres à son sujet. L’histoire ne s’apprécie vraiment que lorsqu’elle s’achève.

Vivement le passé !

Mati.

On peut débattre de tout, mais pas avec tout le monde

« Il vaut mieux rire d’Auschwitz avec un Juif que de jouer au Scrabble avec Klaus Barbie. »
(Pierre Desproges)

Cela n’aura sûrement échappé à personne, nous sommes en plein « Grand débat national ». Derrière ce terme pompeux, se cachent de « Ridicules petits débats locaux » qui doivent permettre de faire remonter au gouvernement toutes les doléances et/ou propositions émanant du peuple. Les dirigeants veulent ainsi montrer qu’ils sont à l’écoute et faire taire la critique selon laquelle tous les pouvoirs seraient concentrés entre les mains d’un petit groupe de personnes peu soucieux de l’intérêt général (« Ouin-ouin la démocratie ce n’est pas ce qu’on m’a appris à l’école… Snif-snif, moi je croyais que c’était les citoyens qui avaient le pouvoir » « Et bien non ! On t’a menti ! Ça fait mal hein ? Et encore ce n’est rien. Tu aurais pu apprendre que tes parents ne t’ont jamais désiré. Mais je leur ai promis de ne rien dire. »)

Comment en est-on arrivé là ? Comment se fait-il que, soudainement, tout le monde se sente pousser des ailes et souhaite faire des propositions de lois ? Jusque-là, tout fonctionnait très bien. Les gens allaient voter puis se désintéressaient de la politique pendant cinq ans. Et voilà qu’aujourd’hui, les gens veulent parler. Bon, pourquoi pas. Mais en plus, ils veulent qu’on les écoute ! Quelle audace ! Car si la démocratie reconnaît la liberté de dire ce que l’on veut, c’est parce qu’en contrepartie, tout le monde s’en fout. Un pays où le gouvernement écoute et prête une grande attention à tout ce que disent les citoyens, cela s’appelle une dictature. Dans ce cas, il existe un risque de se faire emprisonner voire décapiter si on dit des conneries mais cela rajoute un peu de piquant dans une vie terne et monotone et au moins, on a la certitude que l’on a été entendu.

D’ailleurs, je pense que la violence actuelle des manifestants vient de là. Le peuple est un enfant qui teste les limites de ses parents. Au début, les gilets jaunes étaient plutôt sobres, un peu timides. Ils rougissaient très vite, presque honteux de s’exprimer. Ils osaient à peine évoquer leurs fins de mois difficiles. Puis petit à petit, ils se sont enhardis et ont commencé à s’exclamer « On a faim ! ». Sauf qu’aucune réaction ne vint en face. Alors ils se sont chauffés un peu plus avec des « Macron démission ! » voire des « Macron enculé ! » pour les plus téméraires. Ils le criaient puis détalaient rapidement, s’attendant à une sévère remontrance. Mais toujours rien. Du coup, ils se sont mis à tout casser, cherchant désespérément à attirer l’attention. Et là au moins la réaction se fit sentir : tirs de flashball, grenades de désencerclement, lacrymos, etc… Le gouvernement a agi comme le daron qui, face à un caprice de son gosse, ne dit rien, ne dit toujours rien, et d’un coup, sans prévenir… BAM ! Grande gifle dans la gueule ! En s’exclamant « Tu ne l’avais pas vu venir celle-là ! ».

Mais revenons à notre grand débat. Est-ce véritablement une bonne idée de laisser la parole au peuple ? A-t-on vraiment envie que tout le monde donne son avis sur l’organisation du pays ? Instinctivement je suis pour. Pour la libre administration du peuple. Pour l’intelligence collective. Pour l’intérêt général.

Et puis, je réfléchis un peu. Je pense à des gens, sans aller bien loin, dans mon entourage. Et très vite, je me dis : « ah bah non, lui j’espère qu’on ne va pas prendre en considération son avis » ; « ah et puis lui non plus » ; « et lui encore moins »… (Pour les personnes qui se sentent visées : oui c’est bien à vous que je pense. Pour les personnes qui ne se sentent pas visées : c’était pourtant à vous que je pensais.) Et au final, en prenant du recul, j’arrive assez vite à la conclusion que je préférerais que les gens gardent leurs idées pour eux.

Car le problème est bien là. Ce qui me fait peur, ce n’est pas les gens n’aient pas d’idée, oh que non ! Ce qui me fait peur c’est que les gens en aient. C’est par exemple le cas des messagers de la parole divine qui prônent leur projet de société depuis des millénaires (d’où l’expression « il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis »). Ou alors de tous ceux qui se nourrissent du travail des autres et qui, ayant un appétit insatiable, s’exclament « le problème c’est qu’on ne travaille pas assez ! » (ils sont facilement reconnaissables puisqu’ils sont toujours suivi par une horde de sadomasos gémissant « oh oui ! Exploitez nous encore… »). Ne négligeons pas également les nostalgiques de De Gaulle qui témoignent graveleusement « A notre époque ça filait droit. Ce qu’il faudrait c’est une bonne guerre ». En omettant qu’il existe des gens comme moi qui pleurent à chaudes larmes devant le Roi Lion et s’évanouissent s’ils ont le malheur de s’entailler le doigt en épluchant un oignon.

Bon, ce qui est rassurant, et le gouvernement l’a certainement bien en tête, c’est que la probabilité que tout le monde parvienne à se mettre d’accord, ne serait-ce que sur un sujet, est faible. Pour ceux qui ont connu l’expérience de la vie  de famille nombreuse, vous savez qu’il est impossible de s’entendre sur des choses aussi banales que le menu du dîner. Et encore, quand je dis « famille nombreuse », je parle pour mon cas d’une famille de 5 personnes. Je n’ose pas imaginer les débats pré-repas des familles pauvres pour qui la reproduction demeure l’activité principale. Cela doit être un sacré casse-tête de savoir comment on dépense les allocs versées grâce au travail des bons français ! (Un petit cliché ordurier de temps en temps ça fait du bien. Comme toutes les bonnes choses, attention à ne pas en abuser.)

Dans tous les cas, ce débat ne pourra pas aboutir pleinement à un résultat satisfaisant (et pas uniquement parce qu’il est animé par Cyril Hanouna). En décentralisant les discussions, le gouvernement feint de donner le pouvoir aux citoyens alors qu’il ne fait que les pousser dans leur retranchement égoïste. Chacun va naturellement vouloir défendre ses intérêts propres (et les questions orientées du style « en sachant que les fonctionnaires sont payés avec vos impôts et que vous trouvez que les impôts sont trop élevés, pensez-vous qu’il y a trop de fonctionnaires ? » aident bien.)

Pour avoir un vrai débat, il faudrait accepter de tout remettre à plat.
Sortez vos feuilles blanches.

Mati.

La virulence de l’indignation est inversement proportionnelle à la véracité des convictions

« Le motif de base de la Résistance était l’indignation. Nous, vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France Libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l’héritage de la Résistance. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! »
(Stéphane Hessel – Indignez-vous)

 

Pour cette année 2019, j’ai pris une bonne résolution : arrêter de geindre et de m’apitoyer sur mon sort. C’est vrai, il faut que je me fasse à l’idée que toutes les chances sont de mon côté. Je suis l’opposant classique au CV anonyme : un homme, jeune, blanc et hétéro.

Du coup, je vais commencer cette chronique par un peu d’auto-satisfaction : je suis fier de mon titre. Il intrigue, emploie de jolis mots  tels que « virulence » ou « véracité » et s’avère, après un temps plus ou moins long de réflexion, être une punchline. Pour autant, je suis bien conscient que ce n’est certainement pas le titre le plus attractif que j’aie pu trouver. Et je me rends même compte, après relecture, que le message subliminal n’est pas forcément clair… Bref, ce titre est raté quoi ! Je ne suis vraiment qu’une merde. (Olala ! C’est incroyable ! C’est un nouveau record du monde de la bonne résolution tenue la moins longtemps ! Quelle performance !)

Pour être sûr que toi, lecteur adoré, et moi, nous partions sur de bonnes bases, je vais tâcher de traduire l’idée que je souhaitais faire passer à travers ce titre, dans des termes à ta portée. Je sais, l’exercice est pathétique, un peu comme quand tu es obligé d’expliquer une blague qui vient de faire un bide, mais c’est de ma faute, j’ai probablement été trop intelligent, trop subtil (toute ressemblance avec les propos de Gilles Le Gendre, chef de file des députés La République En Marche, est purement fortuite).

Donc allons-y ! Aujourd’hui je me propose de valider la théorie suivante : lorsqu’une personne se sent heurtée dans ses convictions, plus sa réaction est puissante, virulente, voire violente plus, en réalité, ses convictions sont faibles, voire factices. Pour dire les choses encore plus simplement : plus une personne gueule, mieux elle ferait de fermer sa gueule.

Pour parvenir à cette démonstration scientifique je vais me baser sur des exemples concrets que nous offre l’actualité. Nous allons voir que nous pouvons même dégager une échelle de réactions indignées pouvant servir par la suite de modèle (si des sociologues passent par-là, je vous en prie, c’est cadeau).

1er échelon : L’individu a choisi une cause et c’est LE combat de sa vie : végétarisme, féminisme, racisme (pour ou contre), pizzas à l’ananas (pour ou contre), chocolatine vs pain au chocolat, pignon de 12 vs pignon de 8… Il le brandit en permanence, tel un chevalier avec son étendard, et est toujours prêt à s’indigner. Si vous tombez face à une personne comme cela, ne paniquez pas. 2 attitudes sont possibles : soit vous prenez un air grave et vous acquiescez à toutes ses tirades en espérant que cela raccourcisse l’échange au maximum (attention certaines personnes sont des professionnels, elles peuvent tenir des heures à parler toutes seules), soit vous êtes joueurs, et vous tentez de lui apporter des contre-arguments (« Mouais, personnellement depuis que j’ai installé un pignon de 8, je trouve mon moteur beaucoup plus explosif, j’ai gagné en accélération ». Oui car c’est d’autant plus drôle quand c’est un sujet que vous ne connaissez absolument pas.)

2ème échelon : A ce stade, cela devient plus vicieux. Comme dans le premier échelon, l’individu cherche à convaincre autrui mais, dans le fond, il se fout royalement de savoir si son combat est juste ou non. Son objectif est de rameuter le plus de gens possible autour de lui pour, ensuite, faire un concours de celui qui a la plus grosse (foule autour de lui). L’exemple le plus évident qui caractérise cet échelon, ce sont les politiques. Vous pouvez facilement détecter en ce moment l’élite de l’indignation factice avec toutes les réactions autour du mouvement des gilets jaunes. Ils font tous des grandes déclarations pompeuses, faisant appel à des symboliques démesurées : « les casseurs injurient notre démocratie », « on attaque la République », « terrorisme civil »… Tout cela pour éviter la véritable question, très terre à terre, et magnifiquement appréhendée par le penseur SCH (que les mauvaises langues qualifieront de « rappeur ») qui nous dit « Se lever pour mille-deux (cent) c’est insultant. »

3ème échelon : Là on touche au graal. Et ce dernier échelon peut s’appréhender comme un mix des deux premiers : comme pour le premier échelon, l’individu est persuadé que son combat est juste et comme pour le deuxième, il veut avoir la plus grosse (foule autour de lui). Sauf qu’il va opter pour un tactique différente : au lieu d’essayer de rameuter du monde autour de sa cause, il va décimer la foule présente autour de la cause adverse. C’est par exemple le cas des terroristes islamiques dont nous avons commémoré une de leur plus grande réussite le 7 janvier, avec l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo.

Chacun sa stratégie, nous ne sommes pas là pour juger. D’ailleurs, personnellement, j’ai plutôt tendance à comprendre cette stratégie offensive. Lorsqu’un islamiste se sent attaqué dans ses convictions après qu’on ait osé caricaturer le prophète Mahomet, il dispose d’assez peu de moyens tangibles pour dire « Non mais regarde c’est n’importe quoi ce dessin, son nez ne ressemble pas du tout à ça en vrai. Là il est tout crochu, on dirait un juif ! ».  Il faut bien reconnaître qu’il est toujours difficile d’apporter la preuve de quelque chose qui n’existe pas. Donc respect aux religieux qui restent pour autant déterminés !

Au final, tous ces gens persuadés de détenir la vérité et qui cherchent à le démontrer à grands coups de réactions toujours plus disproportionnées, me révoltent ! (Échelon 1 atteint) Ils insultent l’intelligence humaine et la capacité du peuple à s’auto-déterminer !  (Échelon 2 atteint) Une grande révolution s’impose, tuons-les tous ! (Échelon 3 atteint)

 

Mati.

Le travail c’est trop génial !

« Le cheval c’est trop génial »
(Fédération Française d’Equitation)

 

C’est un thème qui revenait souvent au fil de mes écrits, mais jamais je ne lui avais fait l’honneur d’être à la une : le TRAVAIL ! (« Youpi ! On attendait que ça ! »)

Pourtant, le travail mérite qu’on s’y attarde et qu’on y réfléchisse tellement il occupe une part importante de nos vies (part encore insuffisante pour certains). D’ailleurs, on notera que la première question que nous posons à une personne que l’on rencontre est : « Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? », sous-entendu : « Quel est ton travail ? ». Cela est beaucoup trop réducteur comme première approche ! Le risque de se faire une fausse image de la personne est trop important : par exemple, si quelqu’un me répond : « Je fais du web marketing dans une start-up d’objets connectés. », je vais instinctivement le classifier dans mon esprit en tant que « gros con », et je ne vais pas chercher à creuser. Peut-être à tort.

Je milite donc, pour que désormais, nous élargissions la question à : « Qu’est-ce que tu aimes dans la vie ? ». Et là, peut-être que, pour reprendre mon exemple précédent, la personne va choisir de me parler musique, cinéma, littérature, sport, etc… et une conversation pourra s’engager. Bon, après, il est également possible qu’elle me réponde : « Ce que j’aime dans la vie ? Le web marketing. D’ailleurs je travaille dans une start-up qui fabrique des objets connectés… » et là, je pourrai sans remord, le classifier dans la catégorie « gros con ».

Ceci étant dit, j’ai choisi de m’attarder aujourd’hui sur le travail car ma vision à ce sujet a récemment évolué. J’avais un point de vue très pessimiste de la chose, qui pouvait se résumer ainsi : « Le travail c’est de la merde. » Bon, j’essayais d’y penser le moins possible, notamment le matin en me rasant, avant de partir au boulot, car un accident, du style tranchage de carotide, est vite arrivé… (Je plaisante évidemment : je ne me rase pas le matin.)

Mais tout ça, c’est fini ! J’ai de nouveau foi en l’avenir ! Le travail c’est trop génial !

Si j’ai pu changer d’avis, c’est parce que ma vision était tronquée et subjective. Par exemple, pour tous ceux qui sont passionnés d’étymologie (population que l’on peut estimer, selon la police et les manifestants, à 1 : mon père), l’idée selon laquelle le mot « travail » serait issue du latin « tripalium », qui désigne un instrument de torture, est fausse. En réalité, l’origine renverrait plutôt à une idée de mouvement (d’où la consonance avec l’anglais « travel », voyager), de passage (d’où la consonance entre « trabajo », le travail en espagnol, et les « traboules » qui désignent un passage à travers des pâtés de maisons), nécessitant un effort (d’où le travail qui désigne la phase d’accouchement depuis le Moyen-Âge). Le travail exprimerait donc plutôt l’idée de passage d’un état à un autre, d’atteinte d’un but, en produisant un effort ou en franchissant un obstacle. Sans pour autant que cela soit intrinsèquement un supplice.

Hormis pour essayer d’impressionner mon paternel, je ne m’attarde pas là-dessus par hasard. Cette idée reçue n’est pas anodine, elle n’est pas innocente. L’idéologie derrière est vicieuse : nous laisser penser que la souffrance au travail est naturelle, qu’elle en est l’essence-même. Et moi, naïvement, j’y ai cru ! En même temps, il faut bien reconnaître que l’expérience du travail est plutôt conforme au sombre tableau que l’on dépeint. Les causes de souffrance sont multiples : manque de moyens, sentiment d’inutilité, hiérarchie qui se prend pour votre chef, réveil qui sonne alors qu’on dort, horaires totalement inadaptés à notre rythme biologique (par exemple, moi, la journée j’aime bien me reposer. Sinon après je suis trop excité et je ne dors pas la nuit.), tâches contraignantes (par exemple, si notre travail c’est de faire ci, alors que nous on aime faire ça, et bien il faut quand même faire ci).

Mais une autre voie est possible !

Cette voie est développée par Bernard Friot, économiste et sociologue de renom (pour ceux qui connaissent son nom), dont j’ai eu la chance d’assister à une des conférences. Pour faire simple[1] : l’idée est de reprendre le contrôle sur le contenu de notre travail dont les contours sont aujourd’hui dictés par les capitalistes. Pour faire vulgaire : les patrons c’est des enculés donc, en toute logique, ils nous enculent.

En définissant de façon libre et autonome le contenu de son travail, on s’offre l’opportunité d’aller là où on se sent utile socialement, d’aller vers ce que l’on a envie de faire, vers ce que l’on aime faire (et, a priori, personne ne va se diriger seul vers du web-marketing). Pour pouvoir s’épanouir pleinement, sans avoir l’angoisse du frigo vide, le système serait soutenu par une rémunération à la qualification, qui oscillerait entre 1.500 et 6.000 €, et qui serait garantie à vie.

D’ailleurs, ils sont déjà de plus en plus nombreux à se lancer à l’aveugle dans l’aventure. Ce sont généralement des employés de bureau, conscients de la superficialité de leur contribution à la société, qui refusent de continuer à exécuter des tâches inutiles et vides de sens (les fameux bullshit jobs) et choisissent de s’émanciper. Malheureusement, pour le moment, tout est fait pour que la tâche soit complexe et les barrières nombreuses. Du coup, il faut nécessairement se marginaliser et, dans mon esprit, le projet se limite à des hippies qui marchent pieds nus et qui jouent du ukulélé autour d’un feu de camp. Non merci, j’aime trop ma musique pour écouter du ukulélé.

N’empêche que je suis ressorti de cette conférence plein d’enthousiasme (ce qui se caractérise en général chez moi par un léger plissement de de la fossette gauche. Que les plus optimistes pourraient qualifier de « sourire ») et d’envie de propager la bonne parole. Même si cela peut sembler utopique, même si cela ne sera sûrement pas pour aujourd’hui, ni pour demain, il est évident que le système actuel ne peut pas perdurer indéfiniment. Il engendre trop de souffrance et d’inégalités. Et rien que de savoir que des gens réfléchissent à un autre système, que des gens se lancent, essaient ou simplement soutiennent : cela fait un bien fou.

Mais très vite l’enthousiasme est redescendu (un peu comme quand tu rêves que tu fais l’amour avec Rihanna et que finalement non, tu ouvres les yeux et c’est juste ta femme. Qui s’est endormie depuis 10 minutes). Je me suis confronté à toutes les résistances et réticences possibles : « C’est bien beau tout ça mais comment on finance ? » « Mais j’aime bien mon travail moi » « Et qui va choisir de ramasser les poubelles ? » « Tout le monde va en profiter pour rien foutre. Les gens sont cons tu sais. »

Sur ce dernier point je suis d’accord. Rien ne changera jamais. Les gens sont trop cons.

 

Mati.

[1] Ce qui en réalité n’est pas le cas, donc pour ceux que cela intéresse et qui voudraient approfondir le sujet, je vous invite à jeter un coup d’œil par ici :  http://www.reseau-salariat.info/?lang=fr

 

 

Je serais prêt à mourir pour mes idées. Encore faudrait-il que j’en aie.

« J’essaie d’être un homme bien mais je suis plutôt moyen »
(Orelsan – San)

Je serais prêt à mourir pour mes idées.
Encore faudrait-il que j’en aie.

Je m’insurge contre l’industrie de la viande qui massacre sans scrupule des milliers d’animaux.
Je mange toutes les semaines à Mac Do.

Je ne comprends pas que l’on puisse mettre des fortunes dans un téléphone fabriqué par des esclaves, juste parce que c’est un IPhone.
J’achète des tee-shirts blancs, fabriqués par des enfants au Bengladesh, plus de 30€, juste parce qu’il y a le logo Nike dessus.

Je m’oppose à la politique de Macron, qui consiste à taper dans la poche des pauvres pour garnir davantage celles des riches.
Je ne soutiens pas ces pauvres gilets jaunes qui se réveillent uniquement lorsque l’on vient taper dans leur poche.

Je m’exaspère des inégalités croissantes dûes à un évident manque de solidarité.
Je n’ai jamais donné ni de mon temps, ni de mon argent à une association.

Je me désole de la mollesse des gens qui se laissent exploiter sans bouger une oreille.
J’ai autant d’ambition qu’un chat : Manger, dormir, me faire caresser.

Je prône pour plus de diversité.
J’ai UN ami noir.

Le déterminisme social me révolte.
Mes amis sont ingénieurs, docteurs, professeurs, éducateurs.

Je me moque des narcissiques accros aux selfies.
Je me réjouis d’avoir 500 abonnés sur Instagram.

Je vante les mérites de la culture.
Je n’ai pas loupé un épisode de la télé-réalité « 10 couples parfaits ».

Je vais chaque année à la fête de l’Huma, festival qui invite à la réflexion : « Trois jours pour refaire le monde ».
Je n’ai jamais participé à aucun débat et je me rue au stand Ricard.

La consommation à outrance malmène notre vision du bonheur.
J’ai un smartphone, plusieurs consoles de jeu, des habits que je n’ai jamais mis et suffisamment de paires de baskets pour en changer tous les jours pendant un mois.

Nous ne nous définissons pas par nos paroles mais par nos actes.
Je suis immobile.

Mati.

Le 17 novembre, tous derrière Bernard, automobiliste en colère !

« Quand on pense qu’il suffirait que les gens n’achètent plus pour que ça ne se vende pas »
(Coluche)

Derrière les grands évènements historiques se cachent de grands hommes (derrière lesquels se cachaient souvent de petites femmes, courbées sur leur manche à balai. Je dis « cachaient » car désormais, au nom de l’égalité des sexes, les petites femmes se tiennent au côté des grands hommes. Et derrière, le sol est dégueulasse.).

Le dernier exemple de grand homme français est le général De Gaulle (selon mon Papi, à la fin des repas de famille). Mais il semblerait que la relève pointe le bout de son nez. Bien entendu, il est encore trop tôt pour se prononcer, mais je suis prêt à parier que le nom de Bernard, automobiliste en colère, créateur de l’évènement Facebook « LE 17 NOVEMBRE BLOQUONS TOUT », restera dans l’histoire.

Que nous-dit Bernard, automobiliste en colère ? « Samedi 17 novembre, pays mort : c’est-à-dire ne faire aucun achat, n’aller dans aucune banque, ne pas se servir aux pompes à essence, ne pas dépenser un seul centime. Ne pas prendre de transport en commun, pas de péage, parking, autoroute, là, oui, on bloque ce qui emmerde le plus le gouvernement, c’est-à-dire le fric. »

En lisant ça, j’ai des frissons. Je saisis l’émotion qu’avait pu ressentir les français, accablés sous l’occupation allemande, lors de l’appel du Général De Gaulle le 18 juin 1940 : « Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas. » Cette fois, je sens que la fin de l’occupation capitaliste est proche. Les gens ont enfin compris que les banques, les compagnies pétrolières, la grande distribution n’étaient pas nos alliés et qu’il fallait les repousser hors de nos frontières ! Ainsi, cela provoquera un grand exode des banquiers qui seront obligés d’émigrer ailleurs. Les autres pays s’indigneront : « Nous ne pouvons pas accueillir tous les banquiers du monde ! », la haine anti-banquier explosera, les gens voteront extrême gauche et ce sera la fin du capitalisme dans le monde entier !

Quel génie ce Bernard ! Allez, soyons tous derrière notre leader : « Bernard, automobiliste en colère, président ! Bernard, automobiliste en colère, président ! » (Il faudra peut-être qu’il revoit son blaze parce que ce n’est pas évident à scander comme slogan. Essayez chez vous, vous verrez.)

Je m’imagine déjà, quand mon tour sera venu d’être Papi, raconter à mes petits-enfants, à la fin des repas de famille, qu’à notre époque il fallait travailler dur pour manger, se loger, se vêtir… et qu’en plus, il fallait se battre pour travailler, que c’était une chance (!) dont tout le monde ne bénéficiait pas. Je leur dirai que ce travail ne bénéficiait, au final, qu’à un petit nombre de personnes qui accumulaient les richesses pendant que d’autres n’avaient rien. Mais je pourrai surtout leur expliquer que tout cela est fini grâce à Bernard, automobiliste en colère, dont je vanterai encore et encore le courage et l’abnégation. Et là, mes petits-enfants me répondront « Mais ouii, on sait Papi Mati, la maitresse nous en a parlé à l’école ! » (et surtout ça fait 50 fois que tu nous le racontes. Mais ça, ils ne le diront pas car j’aurai des petits-enfants bienveillants. Ooooh je les aime déjà ! Enfin certains plus que d’autres. Ne me demandez pas pourquoi, c’est physique. Genre le petit dernier je ne peux pas le voir.)

Malheureusement, je crois que je m’emballe un peu et que tout ça est irréel. Au risque d’endosser le rôle de collabo, j’ai bien peur que Bernard, automobiliste en colère, se trompe d’ennemi. Si on lit son discours jusqu’au bout, on remarque qu’en réalité il ne souhaite pas s’attaquer aux industries capitalistes mais plutôt « emmerder le gouvernement » (je m’excuse pour cette grossièreté mais ce sont ses termes. Après il faut bien admettre que ce franc-parler fait aussi le charme de Bernard, automobiliste en colère.) Il ne s’insurge pas contre un système politique global mais contre la hausse des taxes sur le carburant. Il veut continuer à consommer sans se poser de questions.

Attention, loin de moi l’idée de défendre le gouvernement. L’État n’est évidemment pas exempt de tout reproche. Il a longuement encouragé un système, en allégeant les taxes sur le diesel, dont il doit désormais colmater les brèches, en faisant face à une multiplication des cancers liés à la pollution de l’air. C’est le serpent qui se mord la queue (est-ce que se mordre la queue peut être considéré comme de la masturbation ?). Et puis il fait mine de prendre conscience du drame écologique sans proposer aucune alternative viable (style trottinettes ou balais volants).

Mais là où mon rêve s’effondre et vire au cauchemar, c’est que ceux qui vont être bénéficiaires de ce blocage et de cette grogne, ce sont justement les grandes entreprises. Leclerc a déjà annoncé que jusqu’à fin novembre, il vendrait le carburant à prix coûtant, sans faire de marge… Il faut bien admettre qu’un tel opportunisme force l’admiration.

Bilan de l’histoire : le gouvernement passe pour le méchant, les entreprises passent pour les gentils, les gens vont voir leur pouvoir d’achat diminuer et la prise de conscience écologique n’a pas avancé… Donc le 17 novembre je serai effectivement derrière Bernard, automobiliste en colère… parce qu’il me bloquera la route.

 

Mati.

« Mais attends, il existe vraiment ce Bernard ?
Je ne sais pas moi, demande-lui !
C’est qui « lui » ?
– Bah Mati…
– Mais c’est moi Mati !
– Ah ok très bien, donc je me parle tout seul en fait. »

Drogues : laquelle prendre ? Pourquoi ? Comment ?

« Smoke weed every day »
(The next episode – Dr Dre feat Snoop Dogg)

Drogue = substance additive qui ne s’achète pas dans une droguerie.

Évidemment, je suis dans l’obligation de commencer par dire que la drogue c’est de la merde (attention l’inverse ne fonctionne pas). Ceci étant, la question se pose : pourquoi l’homme consomme-t-il de la drogue ? Alors que c’est de la merde ? Et pourquoi ne consomme-t-il pas de la merde puisque ce n’est pas de la drogue ?

Le premier élément que nous pouvons avancer est que le drogué cherche à se déconnecter de la réalité, à fuir une société dans laquelle il peine à trouver sa place. En effet, le drogué a souvent plein de problèmes (par exemple : il est toxicomane). D’ailleurs, existe-t-il des prédispositions ou des caractéristiques communes à tous les drogués qui pourraient expliquer le besoin de fumer, sniffer, boire ou se piquer ? J’imagine. Mais je préfère laisser le soin aux psychanalystes de triturer la cervelle de leurs patients pour le dire. Parce que moi la cervelle ça me dégoûte. (Quand j’étais petit, ma grand-mère en faisait tout le temps et ça m’a traumatisé. Du coup, je préfère ne pas remuer ces mauvais souvenirs au risque d’être tenté ensuite de déconnecter avec la réalité.)

Initialement, je pensais faire un lien entre notre société occidentale et l’usage de stupéfiants. J’étais dans les starting-blocks pour dégainer mes idées révolutionnaires anticapitalistes et clamer que c’est cette société consumériste, tournée vers l’égoïsme, qui nous pousse à vouloir s’en extirper, pour oublier que nos vies ne valent rien ; qui nous met face à des dilemmes cornéliens : faut-il que j’achète le dernier Iphone X ou une nouvelle télé ? (parce que si j’achète le dernier Iphone X, je ne connaîtrai peut-être jamais le bonheur de regarder TF1 en 4K…)

Et puis, j’ai découvert que même les tribus perdues au fin fond de l’Amazonie consomment de la drogue. Alors de un, cela m’emmerde parce que cela brise mon raisonnement avant même que je n’ai pu commencer à le développer, de deux, au lieu de se défoncer la gueule, ils feraient mieux de se bouger pour protéger leur forêt et de trois, trois p’tits chats, trois p’tits chats, trois p’tits chats chats chats, chapeau de paille…

En même temps, c’est logique qu’il y ait différents types de drogués vu qu’il existe différents types de drogues. Les objectifs poursuivis sont différents.

Il existe déjà la drogue pour dépressif-sadomaso. Et ils sont plus nombreux qu’on ne le pense puisqu’il s’agit de la cigarette. En effet, pour fumer des clopes il faut être dépressif puisque, c’est marqué sur les paquets : « Fumer tue ». Et pourtant le fumeur s’en fout comme de l’an 32 (soit un an avant la mort de Jésus Christ, année qui, il faut bien l’admettre, n’est pas restée dans les annales). Il cherche donc ostensiblement à en finir avec la vie. Pour autant, le fumeur est sadomaso car il ne cherche pas à se déconnecter du monde. Contrairement aux autre drogues, la clope ne permet pas de voir des éléphants roses. Le fumeur reste donc pleinement conscient de sa vie de merde. Je pense donc qu’il faudrait être plus précis sur les paquets et indiquer « Fumer tue lentement. Prenez plutôt un flingue. Ou au moins de l’héroïne. »

Ensuite, j’évoquerai 2 drogues à la fois semblables et opposées. En effet, elles sont toutes les deux consommées massivement et ont pourtant un statut totalement différent en France : l’une est érigée en fierté nationale alors que la seconde est taboue. Je veux bien entendu parler de l’alcool et du cannabis. Fort de son statut de héros national, le pochtron s’affiche fièrement partout : dans les bars, les mariages, les fêtes du village, les repas de famille, dans la rue, au restaurant… à l’inverse le fumeur de joints est contraint de se terrer chez lui, dans le noir, par peur de se faire surprendre par ses voisins. Il doit se fournir en substance dans des caves ou des halls d’immeubles délabrés. La honte le pousse parfois même à émigrer en Hollande, sa terre d’asile où il pourra enfin s’épanouir dans son addiction.

Et enfin, il nous reste les drogues haute gamme, réservées à un cercle très fermé d’élus. Elles sont très difficiles à obtenir (on ne les appelle pas « drogues dures » pour rien). Il paraîtrait que ce sont elles qui choisissent leur consommateur et pas l’inverse. Elles semblent se tourner vers des personnalités destinées à faire de grandes choses, des personnalités qui vont révolutionner leur univers. On pense bien entendu aux artistes tels que Jimmy Hendrix, Kurt Cobain ou plus récemment Mac Miller. Ces drogues sont aussi parfois un coup de pouce nécessaire. Hitler était par exemple dopé en permanence par son médecin aux stéroïdes ou amphétamines. Sans ça, il n’aurait peut-être pas eu la force d’aller jusqu’au bout de son projet ambitieux. Ouf !

Voilà. J’espère vous avoir éclairé sur le sujet et que vous saurez désormais quelle drogue est faîte pour vous.

Mati.

Le responsable, c’est vous !

« Je me sens coupable d’avoir commencé d’arrêter de respirer,
Alors qu’il y a quelques six milliards de joyeux fêtards crapoteux qui continuent de se battre entre eux,
Et de s’accrocher à leur triste petite part de néant cafardeux.
Je me sens coupable. Coupable ! »
(Thiéfaine – Exercice de simple provocation avec 33 fois le mot coupable)

Vous avez mal au ventre ? Vous êtes angoissé ? Vous vous sentez coupable ?

C’est amplement mérité.

Il serait peut-être temps de se remettre en question. Car tout ça, c’est de votre faute ! Tout ? Oui, tout ! La pollution, le chômage, l’obésité, le malheur, etc… Arrêtez de vous cacher derrière votre petit doigt et d’essayer de tenir responsable la société de votre piètre condition. Le responsable, c’est vous !

Attention, je ne vous accuse pas gratuitement ! J’ai des exemples précis pour démontrer ce que j’avance. Allez, qu’on m’amène ma robe d’avocat ! Mais non, pas celle à fleurs et au décolleté plongeant ! (Je m’adresse à mon assistante. Qui n’est pas très fute-fute.) Je sais, elle met beaucoup moins en valeur mon postérieur, mais nous ne sommes pas là pour frivoler. Déjà, parce que le mot n’existe pas, et parce qu’aujourd’hui, c’est du sérieux.

Commençons par la pollution. Si nos mers, nos océans, nos plaines, nos montagnes, sont peu à peu jonchés de plastique c’est parce que vous êtes irrespectueux de la nature ! Pour aller pique-niquer au bord du lac à 200 mètres de chez vous il y a du monde (de vrais aventuriers !), mais pour ramasser les déchets derrière il n’y a plus personne ! Et ça, Coca-Cola l’a bien compris. C’est pourquoi ils ont créé et financent une association qui lutte contre la pollution et dont le message est de dire : si les gens ne jetaient pas leur bouteille plastique dans la nature, il n’y en aurait pas. Simple, efficace, indéniable. Donc arrêtez de pointer du doigt cette pauvre entreprise ! (N’est-ce pas Madame Lucet ?*). Le fait que Coca-Cola produise 4.000 bouteilles par seconde, rechigne à recycler, et finance des lobbys pour contrecarrer toute règlementation sur l’utilisation du plastique n’a rien à voir là-dedans !

Poursuivons avec l’obésité. Si tu dois ajouter chaque année un X devant le L de la taille de tes tee-shirt, c’est de ta faute ! Tu n’avais qu’à télécharger l’application Super U. Super U pense à ta santé en te permettant de savoir si les produits sont bons. Ce n’est quand même pas compliqué :

  • tu prends ton smartphone,
  • tu télécharges l’application, (si tu n’as plus de mémoire disponible ce n’est pas grave, profites en pour supprimer les 150 photos de tes gosses dont tout le monde se fout),
  • tu te créés un profil, rien de bien sorcier là-dedans : il suffit de renseigner un identifiant, un mot de passe de plus de 8 caractères comprenant au moins une majuscule, des chiffres dont la somme au carré ne peut être nulle et un caractère spécial issu de l’alphabet hiéroglyphe égyptien (grec ancien toléré),
  • on va ensuite t’envoyer un code par mail pour valider ton compte et s’assurer que tu n’es pas un robot (au cas où un robot veuille télécharger l’appli Super U),
  • Et au final tu auras juste à scanner un par un les produits que tu achètes. Tu pourras ainsi apprécier plus longuement ta promenade entre les différents rayons du magasin.

Mais non ! la simplicité ça ne te convient pas a priori ! Ce n’est pas de la faute de Super U si tu préfères te compliquer la vie et te fier à ce qu’on te dit (matraque ?) dans les pubs ou croire aveuglément la pancarte de 5 mètres sur 5 qui te promet qu’avec Haribo c’est beau la vie.

Justement, arrêtons nous sur la beauté de la vie et la potentialité d’être heureux. Si tu n’arrives pas à dormir, paralysé par des crises d’angoisse, c’est de ta faute ! Tu n’as qu’à faire de la méditation ! C’est simple, tu te couches par terre, tu inspires 5 secondes par la narine droite, tu expires 5 secondes pas la narine gauche tout en visualisant un clip de Laurent Voulzy et tu verras tout ira mieux ! C’est prouvé scientifiquement ! Le fait que ton patron soit un esclavagiste, que ta femme t’ait quitté et que ton gosse soit triso (avec un peu de chance ce n’est pas le tien) n’a rien à voir dans ton malheur !

Bon et je vous passe les sujets qui monopolisent l’actualité : les femmes qui se plaignent des agressions sexuelles alors qu’il leur suffirait de rester chez elles vêtues d’une burka, les chômeurs qui se lamentent de ne pas trouver de travail alors qu’il leur suffit de traverser la rue, etc…

Bref, la balle est dans votre camp. En marche !

Mati.

*Voir Cash Investigation « Plastique : la grande intox »