La virulence de l’indignation est inversement proportionnelle à la véracité des convictions

« Le motif de base de la Résistance était l’indignation. Nous, vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France Libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l’héritage de la Résistance. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! »
(Stéphane Hessel – Indignez-vous)

 

Pour cette année 2019, j’ai pris une bonne résolution : arrêter de geindre et de m’apitoyer sur mon sort. C’est vrai, il faut que je me fasse à l’idée que toutes les chances sont de mon côté. Je suis l’opposant classique au CV anonyme : un homme, jeune, blanc et hétéro.

Du coup, je vais commencer cette chronique par un peu d’auto-satisfaction : je suis fier de mon titre. Il intrigue, emploie de jolis mots  tels que « virulence » ou « véracité » et s’avère, après un temps plus ou moins long de réflexion, être une punchline. Pour autant, je suis bien conscient que ce n’est certainement pas le titre le plus attractif que j’aie pu trouver. Et je me rends même compte, après relecture, que le message subliminal n’est pas forcément clair… Bref, ce titre est raté quoi ! Je ne suis vraiment qu’une merde. (Olala ! C’est incroyable ! C’est un nouveau record du monde de la bonne résolution tenue la moins longtemps ! Quelle performance !)

Pour être sûr que toi, lecteur adoré, et moi, nous partions sur de bonnes bases, je vais tâcher de traduire l’idée que je souhaitais faire passer à travers ce titre, dans des termes à ta portée. Je sais, l’exercice est pathétique, un peu comme quand tu es obligé d’expliquer une blague qui vient de faire un bide, mais c’est de ma faute, j’ai probablement été trop intelligent, trop subtil (toute ressemblance avec les propos de Gilles Le Gendre, chef de file des députés La République En Marche, est purement fortuite).

Donc allons-y ! Aujourd’hui je me propose de valider la théorie suivante : lorsqu’une personne se sent heurtée dans ses convictions, plus sa réaction est puissante, virulente, voire violente plus, en réalité, ses convictions sont faibles, voire factices. Pour dire les choses encore plus simplement : plus une personne gueule, mieux elle ferait de fermer sa gueule.

Pour parvenir à cette démonstration scientifique je vais me baser sur des exemples concrets que nous offre l’actualité. Nous allons voir que nous pouvons même dégager une échelle de réactions indignées pouvant servir par la suite de modèle (si des sociologues passent par-là, je vous en prie, c’est cadeau).

1er échelon : L’individu a choisi une cause et c’est LE combat de sa vie : végétarisme, féminisme, racisme (pour ou contre), pizzas à l’ananas (pour ou contre), chocolatine vs pain au chocolat, pignon de 12 vs pignon de 8… Il le brandit en permanence, tel un chevalier avec son étendard, et est toujours prêt à s’indigner. Si vous tombez face à une personne comme cela, ne paniquez pas. 2 attitudes sont possibles : soit vous prenez un air grave et vous acquiescez à toutes ses tirades en espérant que cela raccourcisse l’échange au maximum (attention certaines personnes sont des professionnels, elles peuvent tenir des heures à parler toutes seules), soit vous êtes joueurs, et vous tentez de lui apporter des contre-arguments (« Mouais, personnellement depuis que j’ai installé un pignon de 8, je trouve mon moteur beaucoup plus explosif, j’ai gagné en accélération ». Oui car c’est d’autant plus drôle quand c’est un sujet que vous ne connaissez absolument pas.)

2ème échelon : A ce stade, cela devient plus vicieux. Comme dans le premier échelon, l’individu cherche à convaincre autrui mais, dans le fond, il se fout royalement de savoir si son combat est juste ou non. Son objectif est de rameuter le plus de gens possible autour de lui pour, ensuite, faire un concours de celui qui a la plus grosse (foule autour de lui). L’exemple le plus évident qui caractérise cet échelon, ce sont les politiques. Vous pouvez facilement détecter en ce moment l’élite de l’indignation factice avec toutes les réactions autour du mouvement des gilets jaunes. Ils font tous des grandes déclarations pompeuses, faisant appel à des symboliques démesurées : « les casseurs injurient notre démocratie », « on attaque la République », « terrorisme civil »… Tout cela pour éviter la véritable question, très terre à terre, et magnifiquement appréhendée par le penseur SCH (que les mauvaises langues qualifieront de « rappeur ») qui nous dit « Se lever pour mille-deux (cent) c’est insultant. »

3ème échelon : Là on touche au graal. Et ce dernier échelon peut s’appréhender comme un mix des deux premiers : comme pour le premier échelon, l’individu est persuadé que son combat est juste et comme pour le deuxième, il veut avoir la plus grosse (foule autour de lui). Sauf qu’il va opter pour un tactique différente : au lieu d’essayer de rameuter du monde autour de sa cause, il va décimer la foule présente autour de la cause adverse. C’est par exemple le cas des terroristes islamiques dont nous avons commémoré une de leur plus grande réussite le 7 janvier, avec l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo.

Chacun sa stratégie, nous ne sommes pas là pour juger. D’ailleurs, personnellement, j’ai plutôt tendance à comprendre cette stratégie offensive. Lorsqu’un islamiste se sent attaqué dans ses convictions après qu’on ait osé caricaturer le prophète Mahomet, il dispose d’assez peu de moyens tangibles pour dire « Non mais regarde c’est n’importe quoi ce dessin, son nez ne ressemble pas du tout à ça en vrai. Là il est tout crochu, on dirait un juif ! ».  Il faut bien reconnaître qu’il est toujours difficile d’apporter la preuve de quelque chose qui n’existe pas. Donc respect aux religieux qui restent pour autant déterminés !

Au final, tous ces gens persuadés de détenir la vérité et qui cherchent à le démontrer à grands coups de réactions toujours plus disproportionnées, me révoltent ! (Échelon 1 atteint) Ils insultent l’intelligence humaine et la capacité du peuple à s’auto-déterminer !  (Échelon 2 atteint) Une grande révolution s’impose, tuons-les tous ! (Échelon 3 atteint)

 

Mati.

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